La filière algérienne de la pomme, en plein essor depuis une décennie, se trouve aujourd'hui confrontée à un défi majeur : la protection de ses vergers face aux intempéries. Alors que le pays a considérablement réduit ses importations pour soutenir la production locale, les agriculteurs s'inquiètent désormais du manque de filets anti-grêle, essentiels pour sauvegarder leurs récoltes.
En juin 2017, l'Algérie a pris la décision stratégique de freiner les importations de pommes, notamment celles provenant de France qui pouvaient atteindre 80 000 tonnes lors de la campagne 2014-2015. L'instauration d'un Droit Additionnel Provisoire de Sauvegarde (DAPS) et de droits de douane de 30 % a permis de protéger efficacement la production nationale. Cette politique a été saluée par les producteurs algériens, bien qu'elle ait suscité le mécontentement de leurs homologues français, comme en témoignent les plaintes relayées par des personnalités telles que Christian Estrosi à l'époque.
Cette impulsion a encouragé les agriculteurs à multiplier les plantations, adoptant de nouvelles variétés à haut rendement, souvent d'origine polonaise, permettant une culture en haute densité et des rendements décuplés à l'hectare. Les chiffres témoignent de ce succès : en 2023, la production nationale a atteint 575 000 tonnes, marquant une progression de 4,8 % par rapport à l'année précédente. En août 2025, le site spécialisé Tridge a même classé l'Algérie comme le premier producteur de pommes en Afrique. Des wilayas comme Batna et Khenchela contribuent chacune à hauteur de 180 000 tonnes, et la pomiculture prospère également à Sidi Bel Abbés et Médéa, des régions d'altitude où le pommier trouve les hivers froids qu'il affectionne.
Cependant, cette croissance est aujourd'hui menacée. Face à des orages de plus en plus fréquents, les producteurs se retrouvent démunis. Un agriculteur a récemment publié une vidéo sur les réseaux sociaux, montrant des pommes encore vertes déjà marquées par des impacts de grêlons, et a lancé un appel direct aux ministres de l'Agriculture et du Commerce extérieur. Il a souligné l'urgence de protéger les vergers avec des filets anti-grêle, actuellement importés. Cette préoccupation n'est pas nouvelle ; dès novembre 2019, le ministère de l'Agriculture avait annoncé l'ouverture de deux usines à Khenchela pour mettre fin à l'importation de ces équipements essentiels.
Dans ce contexte, la disponibilité et la gestion de la production locale restent des enjeux majeurs. Brahim Djeraibia, président de la Chambre d'agriculture d'Alger, a récemment évoqué une "cherté provisoire" des pommes, mais anticipe une baisse significative des prix d'ici trois ans. Cette projection est toutefois conditionnée par une gestion "étudiée" des stocks en chambres froides, essentielle pour assurer une disponibilité constante du fruit sur les étals tout au long de l'année. La protection des récoltes contre la grêle s'avère donc cruciale pour garantir cette stabilité future et concrétiser pleinement le potentiel de la filière.
