L'ÉCHO DU MATIN
Finance

En Espagne, le choix de la régulation massive profite à l'économie du pays

L'Espagne se distingue actuellement par une santé économique remarquable, affichant des indicateurs positifs en matière de croissance, de dette publique et d'emploi. Cette conjoncture favorable, parfois qualifiée de "miracle espagnol", s'explique en partie par une politique audacieuse de régularisation massive des travailleurs immigrés, une stratégie qui alimente un débat national intense.

Au cœur de cette réussite économique se trouve un marché du travail particulièrement dynamique, confronté paradoxalement à une pénurie de main-d'œuvre. Les entreprises, notamment dans le secteur des services, peinent à recruter des travailleurs locaux. Alberto Martinez Perez, propriétaire d'un restaurant à Séville, témoigne de cette réalité : les candidatures proviennent majoritairement de l'étranger, car les Espagnols recherchent des postes moins exigeants. Pour lui, la présence de ces travailleurs est indispensable au bon fonctionnement de son établissement et, plus largement, de l'économie.

Face à ce besoin pressant et à une natalité en déclin, le gouvernement espagnol a opté pour une approche pragmatique. Une nouvelle campagne de régularisation a été lancée au printemps, suscitant un afflux considérable de demandes. Entre avril et juin, plus d'un million de dossiers ont été déposés, dépassant de loin les prévisions initiales. Cette initiative s'inscrit dans une longue tradition, l'Espagne ayant déjà battu des records européens en matière de régularisation au cours des quarante dernières années.

Cette politique a un impact direct sur la vie de nombreux individus. Ayelen, une étudiante paraguayenne travaillant à Séville, a pu intégrer le marché du travail grâce à la régularisation de sa situation et celle de sa mère il y a quelques années. Elle exprime sa gratitude pour cette opportunité d'obtenir "la vie qu'elle mérite". De même, Rama Abdoulaye, une Sénégalaise arrivée après une traversée périlleuse, ou Adorcinda Garcia, une Colombienne fuyant la violence, voient dans cette démarche une chance de reconstruire leur vie. Les Latino-Américains représentent d'ailleurs environ 90% des bénéficiaires de cette vague de régularisation.

Cependant, cette stratégie ne fait pas l'unanimité. Si les employeurs et le gouvernement y voient une nécessité économique – la croissance anticipée de 2,8% en 2025 étant directement liée à cet apport démographique – l'extrême droite dénonce une "submersion migratoire". Malgré cette opposition, le Premier ministre Pedro Sanchez bénéficie d'une forte popularité parmi les communautés immigrées, qui saluent une approche jugée plus humaine et inclusive. L'Espagne continue ainsi de naviguer entre impératifs économiques et débats sociétaux, faisant de l'immigration un pilier central de sa prospérité actuelle.

Source originale : franceinfo.fr

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