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INTERVIEW. "Ils contrôleront toute la chaîne" : pourquoi la fin du support physique sur les consoles PlayStation provoque l'indignation dans le monde du jeu vidéo

INTERVIEW. "Ils contrôleront toute la chaîne" : pourquoi la fin du support physique sur les consoles PlayStation provoque l'indignation dans le monde du jeu vidéo

Le géant japonais Sony a officialisé une décision majeure qui secoue déjà le monde du jeu vidéo : la fin de la production de disques physiques pour les jeux PlayStation à compter de janvier 2028. Cette annonce, relayée via un billet de blog le 1er juillet, marque une étape significative dans la transition vers une dématérialisation complète du secteur, un mouvement déjà bien amorcé par la baisse des ventes de supports matériels. Toutefois, cette orientation stratégique suscite une vive indignation parmi les joueurs et soulève d'importantes interrogations sur l'avenir de l'écosystème ludique, comme l'analyse Olivier Mauco, président de l'Observatoire européen des jeux vidéo.

Pour Sony, l'objectif principal derrière cette bascule vers le tout-numérique est clair : une maîtrise totale de la chaîne de distribution et de marketing. Selon Olivier Mauco, docteur en sciences politiques et enseignant à l'Université Paris-Dauphine, cette stratégie permet à l'entreprise de contrôler l'intégralité du processus, de la vente à l'acheminement direct des jeux aux consommateurs via sa plateforme numérique, le PlayStation Store. Cette intégration poussée offre également un accès privilégié aux données de consommation et de vente, consolidant ainsi sa position sur le marché.

Cependant, cette démarche ne va pas sans heurts pour les consommateurs. L'une des préoccupations majeures réside dans la perte de la propriété réelle des jeux vidéo. Les joueurs ne pourront plus ni revendre leurs titres, ni les prêter, ni même les collectionner sous forme physique, ce qui était jusqu'à présent une pratique courante. Sur le plan économique, cette uniformisation de l'offre fait craindre une absence de concurrence. Olivier Mauco anticipe que les prix, souvent plus avantageux pour les versions physiques, ne baisseront pas, mais se stabiliseront plutôt à des niveaux dictés par Sony, mettant fin à la pluralité des vendeurs et instaurant un monopole de fait.

Au-delà des implications directes pour les joueurs, cette décision interroge la santé globale du marché du jeu vidéo. Le secteur traverse une période de crise, et selon l'expert, la dématérialisation à outrance a parfois éloigné les éditeurs de la réalité des joueurs, manquant de points de contact et de compréhension de leurs attentes. Si le jeu vidéo disparaît de l'espace public, comme en témoigne la baisse de fréquentation d'événements majeurs tels que la Paris Games Week, il risque de se rabattre sur les plateformes mobiles et les réseaux sociaux, ce qui pourrait s'avérer une stratégie contre-productive à l'heure où l'objet physique connaît un regain d'intérêt.

Face à ces inquiétudes, l'intervention d'instances régulatrices comme l'Union européenne semble peu probable. Olivier Mauco pointe l'existence d'oligopoles similaires dans d'autres écosystèmes, tels que Google Play Store pour Android, l'App Store d'Apple ou Steam sur PC, où la domination numérique n'a pas été remise en question. La fin du support physique sur PlayStation marque donc un tournant irréversible, redéfinissant les contours de l'acquisition et de la possession des jeux vidéo pour les décennies à venir.

Source originale : franceinfo.fr

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