Dans le village de Burin, niché au cœur de la Cisjordanie occupée, un festival annuel de cerfs-volants offre depuis 2009 une forme de protestation colorée et un moment de légèreté bienvenu. Cet événement, baptisé "Notre terre, notre ciel", vise à dénoncer l'expansion des implantations israéliennes et l'accaparement des terres agricoles, tout en apportant une touche de joie aux habitants, en particulier aux enfants, dans un contexte de tensions persistantes.
Chaque année, une myriade de cerfs-volants aux couleurs vives, souvent ornés du drapeau palestinien, s'envole au-dessus des collines de Burin, village situé dans le nord de la Cisjordanie occupée. En arrière-plan, les habitations de la colonie israélienne de Har Bracha, établie en 1983 et considérée comme illégale au regard du droit international, se dessinent sur la crête. Ghassan Najjar, l'un des organisateurs, explique la portée symbolique de cette initiative : "C'est une manière de signifier aux colons que cette terre nous appartient, que ce ciel est le nôtre. Si nous ne pouvons accéder à nos terres, nos cerfs-volants, eux, le peuvent." Il souligne ainsi le double message de l'événement, à la fois politique et destiné à affirmer le droit des enfants à jouer et à vivre pleinement.
L'origine du festival remonte à 2009, lorsque les résidents de Burin protestaient contre la perte progressive de l'accès à leurs terres agricoles, face à l'expansion de Har Bracha. Un an auparavant, en 2008, le Bureau des affaires humanitaires des Nations unies avait déjà tiré la sonnette d'alarme sur les attaques de colons dans la région, rapportant des tirs sur des habitants et le déracinement d'oliviers. Plus de quinze ans plus tard, la situation n'a guère évolué. L'augmentation des violences imputées aux colons, documentée par les Nations unies depuis le début du conflit à Gaza, et les appels de certains ministres israéliens à l'annexion de tout ou partie de la Cisjordanie, demeurent des préoccupations quotidiennes.
Malgré ce contexte difficile, l'ambiance sur la colline est festive. Un clown maquille les enfants, de la musique résonne et des cerfs-volants, dont un aux couleurs de l'Égypte en signe de solidarité après un geste de son équipe nationale de football, virevoltent dans le ciel. Pourtant, la menace plane. Les participants s'assurent de l'absence de groupes de colons avant de se rassembler. Sanaa Bashar Najjar, une adolescente de quinze ans, confie : "Parfois, on a peur." Elle se souvient que l'année précédente, sa famille n'avait pas pu venir en raison d'une attaque et d'une incursion dans leur village. Les familles ne restent qu'une courte durée, environ une demi-heure ou une heure, cherchant un moment pour "changer d'idées" et "évacuer les tensions" dans un territoire sous constante pression.
Le festival de Burin incarne ainsi la résilience d'une communauté qui, face à l'adversité et à la menace sur ses terres, trouve dans la simplicité des cerfs-volants un moyen puissant d'exprimer son attachement à son identité et à son avenir. C'est un acte de résistance pacifique et un espace vital où l'espoir et la joie des enfants peuvent s'élever, ne serait-ce que pour un court instant, au-dessus des réalités complexes de l'occupation.
