Alors que les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient à travers le monde, les crises climatiques deviennent malheureusement un terreau fertile pour la désinformation orchestrée par des acteurs étrangers. Un récent rapport de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) alerte sur cette tendance, qualifiant la désinformation climatique d'authentique "outil de déstabilisation".
En France, par exemple, où les vagues de chaleur se sont intensifiées, comme en témoigne la troisième canicule de l'année à la mi-juillet, de fausses informations circulent activement. Un tweet récent, émanant d'un compte ouvertement pro-russe (@camille_moscow), a notamment suggéré que le projet américain HAARP (High frequency active auroral research program) pourrait influencer les canicules en Europe. Cette allégation s'appuie sur une vieille théorie conspirationniste sans aucun fondement scientifique, prétendant que les antennes de HAARP, un programme pourtant dédié à l'étude de l'ionosphère, serviraient en réalité à manipuler le climat mondial.
Mathilde Jourde, chercheuse à l'IRIS et co-autrice du rapport "Désinformation climatique et guerre informationnelle : ingérences étatiques et enjeux sécuritaires" publié en mai 2026, explique cette dynamique. Selon elle, la guerre de l'information cible les sujets clivants au sein des sociétés, et le changement climatique est devenu un enjeu central, particulièrement en Europe. Des nations étrangères saisissent donc cette opportunité pour instrumentaliser le climat comme un levier stratégique de déstabilisation.
L'étude de l'IRIS identifie spécifiquement les États-Unis et la Russie comme les principaux acteurs de cette ingérence, ciblant prioritairement l'Europe. Les politiques climatiques et énergétiques européennes, à l'image du Pacte vert – cette stratégie visant à faire de l'Europe le premier continent neutre en carbone d'ici 2050 – sont des cibles privilégiées. En tant qu'exportateurs d'énergies fossiles, ces pays pourraient y trouver un intérêt à freiner les ambitions de décarbonation de l'Union européenne. Cependant, les objectifs peuvent être plus larges, comme le souligne Mathilde Jourde : la désinformation climatique peut aussi servir des buts stratégiques plus vastes, par exemple pour la Russie dans le cadre des tensions avec l'Europe liées au conflit en Ukraine, afin de "participer au chaos".
Ces stratégies de désinformation s'observent notamment lors d'événements climatiques majeurs. Les inondations tragiques qui ont frappé la région de Valence en Espagne en 2024, causant plus de 200 décès, ont ainsi été le théâtre d'une propagation de fausses narrations. Une partie de la désinformation autour de cet événement a pu être constatée, soulignant la vigilance nécessaire face à ces manipulations.
