L'ÉCHO DU MATIN
Finance

TÉMOIGNAGES. "Vous n'obtiendrez aucun remboursement" : le difficile combat pour être indemnisé après une arnaque au faux conseiller bancaire

TÉMOIGNAGES. "Vous n'obtiendrez aucun remboursement" : le difficile combat pour être indemnisé après une arnaque au faux conseiller bancaire

Les escroqueries au faux conseiller bancaire prennent une ampleur préoccupante en France, plongeant leurs victimes dans un difficile combat pour obtenir réparation. Souvent considérées comme responsables de leur propre préjudice, ces personnes, qui perdent parfois des sommes considérables, se retrouvent face à des banques réticentes à les indemniser. Ce type de fraude, sophistiqué et tirant parti de fuites de données personnelles, s'appuie sur des scénarios bien rodés, comme en témoignent Marie, 73 ans, et Florence, la trentaine, dont les expériences, bien que géographiquement éloignées, révèlent un modus operandi similaire.

Le déroulement de ces arnaques téléphoniques est fréquemment identique. Un numéro non masqué contacte la victime, l'interlocuteur se présentant comme un conseiller bancaire ou un représentant du siège. Il alerte la personne sur des "mouvements suspects" ou des prélèvements frauduleux sur son compte. Marie, une retraitée des Bouches-du-Rhône, se souvient avoir été contactée par un homme "très cordial" l'informant de multiples prélèvements de 60 euros. Florence, une Parisienne travaillant dans l'urbanisme, a été alertée par une femme qui lui a demandé si elle avait effectué des transactions avec la Roumanie. Toutes deux étaient dans des situations où leur vigilance était amoindrie, l'une dans le tramway, l'autre au volant dans le trafic marseillais.

Malgré les doutes légitimes exprimés par les victimes, les escrocs déjouent habilement leurs soupçons. Florence, par exemple, a demandé à son interlocutrice comment s'assurer de son identité. La fausse conseillère lui a alors suggéré de raccrocher et de rappeler le même numéro, ce qui l'a connectée, à sa surprise, au véritable service client de sa banque. Cette manœuvre a renforcé sa confiance, la persuadant que tout était en ordre. Les victimes sont ensuite guidées à travers une série d'opérations sur leur application bancaire, pensant sécuriser leurs fonds, alors qu'elles les transfèrent en réalité aux fraudeurs.

Les conséquences financières de ces manipulations sont dévastatrices. Florence a perdu un peu plus de 4 000 euros, tandis que Marie a vu s'évaporer 23 000 euros, une somme issue de l'héritage de ses parents qu'elle destinait à ses enfants. Bien qu'il n'existe pas de statistiques spécifiques sur ce type précis d'escroquerie, la Banque de France révèle que la fraude par manipulation, incluant l'usurpation d'identité de conseillers, représentait 32 % du montant total de la fraude aux moyens de paiement en 2024, soit 382 millions d'euros. Après une légère baisse cette année-là, ce phénomène a bondi de 37 % au premier semestre 2025, soulignant l'urgence de la situation.

Au-delà des pertes financières, le traumatisme psychologique est profond. Marie exprime sa colère contre elle-même, se qualifiant d'"idiote" d'avoir été dupée, un sentiment de honte et de culpabilité souvent partagé par les victimes. Perrine Sailly, fondatrice de l'association "Victimes mais pas démunies", observe que ces personnes souffrent fréquemment d'un état de stress post-traumatique. Ce sentiment est exacerbé par la difficulté d'obtenir un remboursement, les victimes étant souvent tenues pour responsables de leur manque de vigilance, malgré la sophistication croissante des méthodes employées par les fraudeurs.

Face à l'augmentation de ces escroqueries et à la détresse des victimes, la question de l'indemnisation demeure un enjeu majeur. Le combat pour être reconnu comme victime et obtenir réparation est long et semé d'embûches, laissant de nombreuses personnes démunies et en colère. Il est impératif de renforcer la sensibilisation du public et de reconsidérer la responsabilité des institutions financières face à ces fraudes élaborées, afin d'offrir un meilleur soutien et une meilleure protection à ceux qui tombent dans les pièges de ces faux conseillers.

Source originale : franceinfo.fr

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