Le projet de loi d'urgence agricole a franchi une étape décisive lundi 20 juillet avec son adoption par l'Assemblée nationale, marquant le début d'une semaine législative intense avant son examen final par le Sénat dès mardi. Ce texte, jugé "hautement inflammable" par de nombreux observateurs, a suscité de vifs débats et des divisions profondes tant parmi les parlementaires que chez les agriculteurs et les associations de défense de l'environnement. Au cœur des discussions figurent des mesures clés concernant la gestion de l'eau, l'usage des pesticides et la protection de la faune sauvage, notamment les loups.
L'un des volets les plus controversés concerne la gestion de l'eau, dans un contexte de sécheresse exceptionnelle à travers le pays. Le texte vise à simplifier drastiquement la construction de nouvelles infrastructures de stockage d'eau, y compris dans des zones humides pourtant essentielles à la biodiversité. Il supprime l'obligation de réunions publiques pour l'obtention des autorisations environnementales et allège les compensations pour les projets impactant des zones humides déjà dégradées. L'objectif affiché est ambitieux : doubler les capacités de stockage d'eau à usage agricole d'ici 2035. Cette orientation est vivement critiquée par des organisations comme Greenpeace, dont Julien Rivoire dénonce un "accaparement de l'eau par l'agro-industrie", prédisant une intensification des tensions, voire des "guerres de l'eau".
Au-delà du stockage, la gouvernance même de cette ressource vitale est profondément remaniée. Le projet de loi prévoit un renforcement de la présence des représentants agricoles au sein des instances de décision relatives à l'eau, au détriment de l'État. La tutelle des agences de l'eau, historiquement sous l'égide du ministère de la Transition écologique, est désormais élargie pour inclure les ministères de l'Agriculture, de l'Économie, de la Santé et de l'Aménagement du territoire. Ce changement a provoqué des frictions jusqu'au sein du gouvernement, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, exprimant son inquiétude face à un texte qui, selon elle, "modifie bien au-delà" les politiques de partage de l'eau, notamment après les amendements du Sénat.
Le texte aborde également la lutte contre la pollution de l'eau, en proposant de concentrer les efforts sur les captages d'eau potable jugés "prioritaires" car les plus pollués. Une approche qui suscite la crainte des associations environnementales de voir de nombreux autres captages pollués être délaissés. Par ailleurs, le Sénat a introduit la possibilité de suspendre la redevance pour pollution diffuse, une taxe prélevée sur l'achat de pesticides et destinée aux agences de l'eau. La question des pesticides est également relancée avec la proposition de réintroduire deux produits phytosanitaires, un an après les débats houleux autour de la loi Duplomb, en conférant à l'Anses le pouvoir de décision en la matière.
Ces mesures, qui touchent également à la protection du loup, illustrent l'ampleur des réformes proposées par ce projet de loi. Son adoption définitive, conditionnée par le vote des sénateurs, scellera des orientations majeures pour l'avenir de l'agriculture française et ses interactions avec l'environnement, promettant de continuer à alimenter les débats et les mobilisations.