L'ÉCHO DU MATIN
Géopolitique

Ormuz et Bab el-Mandeb bloqués ? Le scénario d'un "siège" maritime du Golfe persique

Ormuz et Bab el-Mandeb bloqués ? Le scénario d'un "siège" maritime du Golfe persique

La menace d'une paralysie simultanée de deux détroits stratégiques majeurs, Ormuz et Bab el-Mandeb, fait peser le spectre d'un "siège" maritime sur le Golfe persique, avec des répercussions potentiellement dévastatrices à l'échelle régionale et mondiale. Alors que le détroit d'Ormuz est de nouveau de facto bloqué en raison de l'intensification du conflit entre les États-Unis et l'Iran, les rebelles houthis du Yémen ont annoncé lundi vouloir imposer un "embargo maritime" aux navires saoudiens dans le détroit de Bab el-Mandeb, à l'entrée de la mer Rouge.

Cette décision des Houthis, soutenus par Téhéran, intervient le 20 juillet et vise directement l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole brut. Le porte-parole militaire houthi, Yahya Saree, a justifié cette mesure par le principe du "œil pour œil", dénonçant un "siège injuste" imposé par Riyad au Yémen depuis près de douze ans. Il s'agit, selon les rebelles, d'une riposte au blocus saoudien des ports et aéroports sous leur contrôle au Yémen, affirmant ainsi le droit de leur peuple à répondre par un blocus.

Cette annonce aggrave une situation déjà tendue. Le détroit d'Ormuz, voie essentielle pour l'exportation du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) du Golfe, est affecté depuis une dizaine de jours par les hostilités croissantes entre Washington et Téhéran, suite à une offensive israélo-américaine en Iran lancée fin février. Pour contourner ce blocage, l'Arabie saoudite achemine son pétrole via l'oléoduc Est-Ouest, long de 1 200 km, jusqu'au port de Yanbu sur la mer Rouge. De là, les pétroliers empruntent Bab el-Mandeb pour livrer leurs principaux clients asiatiques tels que la Chine, le Japon et la Corée du Sud.

Un blocage effectif de Bab el-Mandeb anéantirait cette solution de contournement, mettant en péril environ 2,5 millions de barils de pétrole saoudien par jour, selon une analyse de Rystad Energy. Andreas Krieg, expert en sécurité au King's College de Londres, souligne qu'une paralysie simultanée des deux détroits équivaudrait à un "véritable siège stratégique" du Golfe persique. Bab el-Mandeb relie en effet la mer Rouge et la route du canal de Suez aux marchés asiatiques, rendant son obstruction critique pour le commerce mondial.

Les conséquences économiques seraient immédiates et profondes. Jorge Leon, vice-président senior chez Rystad Energy, avertit qu'en l'absence de cessez-le-feu, si Ormuz reste entravé et que la menace houthie en mer Rouge s'intensifie, le risque d'une flambée des prix du pétrole serait considérable. Au-delà des hydrocarbures, des "graves perturbations" du trafic de conteneurs entre l'Asie et l'Europe sont également à prévoir, affectant l'ensemble de l'économie mondiale. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a déjà exprimé sa "plus ferme condamnation", conscient des répercussions désastreuses qu'une telle situation pourrait engendrer.

Source originale : france24.com

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