L'ÉCHO DU MATIN
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"Si 'Cinquante nuances de Grey' sortait aujourd'hui, ce serait sous cette forme" : les "micro-dramas", futur du cinéma ou nouvelle arme redoutable dans la guerre pour notre attention ?

Le paysage du divertissement connaît une révolution silencieuse, propulsée par l'écran de nos smartphones. Les "micro-dramas", ces séries d'épisodes ultra-courts, captivent un public toujours plus large, s'imposant comme une force majeure dans la course à notre attention. Nées en Asie et désormais populaires en Europe, ces productions se distinguent par un format entièrement pensé pour le mobile, soulevant la question de leur place future dans l'industrie cinématographique.

Ce nouveau genre se caractérise par des épisodes ne dépassant généralement pas trois minutes, filmés à la verticale, et conçus pour être consommés sur un téléphone. La narration est dense, émaillée de rebondissements incessants et de "cliffhangers" percutants, dont l'objectif est de maintenir le spectateur en haleine d'une seconde à l'autre. Selon Beatrice Rossmanith, directrice de Mothership Media Consultancy, il est impératif d'intégrer un nouveau coup de théâtre presque toutes les cinq secondes pour garantir l'irrésistibilité du prochain épisode.

Pour les comédiens, les micro-dramas représentent une nouvelle opportunité. Antoine Quercy, par exemple, a décroché le rôle principal dans "Stagiaire dominé par la PDG", une série qui a cumulé des millions de vues. De même, Cassandra Mercer a trouvé une visibilité en jouant un rôle majeur dans "Femme en danger", un micro-drama français. Bien que certains titres puissent paraître provocateurs, comme "L'île de la Skibidi Tentafruit" qui a défrayé la chronique, ces séries ne sont pas systématiquement réservées à un public averti. Elles offrent aux acteurs une plateforme pour gagner en expérience et montrer leur jeu.

L'essor des micro-dramas est un phénomène mondial. Né en Chine sous l'appellation "duanju" pendant la pandémie de Covid-19, ce format a généré des revenus colossaux, atteignant 7 milliards de dollars en 2024 selon les professionnels chinois. En France, leur succès est palpable, avec l'émergence de plateformes dédiées comme DramaWave, ReelShort ou My Drama, qui figurent parmi les applications de divertissement les plus téléchargées. Même des diffuseurs traditionnels comme France Télévisions ont exploré le genre avec des productions telles que "L'Île entre nous" ou "Putain de soirée".

L'arrivée de ces mini-séries redéfinit les codes de la consommation audiovisuelle. En proposant des intrigues accessibles dès le titre et condensées en quelques secondes, les micro-dramas répondent parfaitement aux habitudes des internautes. Reste à savoir si ce format, parfois qualifié de "trash" mais indéniablement efficace dans la captation de l'attention, représente l'avenir du cinéma ou s'il n'est qu'une arme supplémentaire dans la compétition acharnée pour notre temps d'écran.

Source originale : franceinfo.fr

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