La confrontation au Moyen-Orient connaît une escalade préoccupante, avec l'Iran ciblant de manière répétée des infrastructures vitales au Koweït. Pour le quatrième jour consécutif ce lundi 20 juillet, des frappes iraniennes ont visé des centrales de dessalement et de production d'électricité, plaçant cette nation du Golfe persique sous une pression inédite. Ces attaques suscitent une vive inquiétude quant à l'approvisionnement en eau et en énergie dans un pays déjà fortement dépendant de ces installations.
Le Koweït, une monarchie située dans une région aride où la disponibilité en eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale, est particulièrement vulnérable. Environ 90 % de son eau douce provient en effet du dessalement de l'eau de mer. Les frappes actuelles, survenant en plein été, sont d'autant plus douloureuses. La situation est aggravée par le fait que les sites de production d'électricité et de dessalement sont souvent regroupés, permettant à une seule frappe de perturber simultanément l'accès à l'eau et à l'électricité. Face à cette crise, les autorités ont appelé la population à réduire drastiquement sa consommation d'électricité, notamment pour la climatisation, essentielle mais très énergivore en cette période.
Téhéran justifie ces actions par la présence militaire des États-Unis sur le sol koweïtien, qui accueille l'un des plus importants contingents américains de la région, avec environ 13 000 soldats. Cependant, comme l'explique Raphaël Le Magoariec, docteur en géopolitique, le Koweït "subit aussi les contrecoups de sa géographie". Sa proximité avec l'Iran, à seulement quelques centaines de kilomètres, en fait une "cible facile" pour des attaques à bas coût, ne nécessitant pas de technologies sophistiquées. Des frappes similaires avaient déjà touché Bahreïn et le Koweït en mars, mais l'intensité actuelle est sans précédent.
Pierre Blanc, enseignant et chercheur en géopolitique, qualifie cette forme de guerre d'"inédite" dans la région, bien qu'elle fût prévisible. Il souligne la grande fragilité du système d'approvisionnement en eau koweïtien, qui repose sur un nombre limité d'unités de dessalement "extrêmement sensibles". L'expert précise qu'il ne s'agit pas d'une "guerre de l'eau" au sens classique, où l'accès aux ressources serait le motif principal, mais plutôt d'une "guerre par l'eau", une forme de "violences hydrauliques" où les infrastructures vitales sont utilisées comme un levier stratégique dans le conflit.
En somme, le Koweït se trouve au cœur d'une escalade régionale, subissant les conséquences directes de sa position géographique et de sa dépendance infrastructurelle. Les attaques continues mettent en lumière la vulnérabilité des nations dont la survie repose sur des systèmes complexes et concentrés, exposant sa population aux angoisses quotidiennes d'un approvisionnement incertain en eau et en électricité.