La Cisjordanie occupée est le théâtre d'une nouvelle flambée de violences depuis vendredi dernier, marquant une dégradation notable de la situation sécuritaire. Cette série d'incidents a malheureusement entraîné la mort de quatre Palestiniens et deux Israéliens, exacerbant les tensions déjà vives dans la région. En réaction, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a annoncé une opération militaire de grande envergure et promis une accélération de la politique de colonisation, des décisions qui suscitent de nombreuses interrogations quant à leurs motivations profondes.
L'étincelle de cette recrudescence a été l'irruption de colons dans le village palestinien de Tell, près de Naplouse, le vendredi 24 juillet. Les affrontements qui ont suivi ont coûté la vie aux six personnes. Dans la foulée, l'armée israélienne a déclaré se préparer à une "vaste opération antiterroriste". La nuit suivante, deux mosquées, situées à Qousra et Kour, ont été profanées par des tags et incendiées. Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, a de son côté appelé sur les réseaux sociaux à "raser par voie aérienne" les foyers des "terroristes", suggérant un traitement similaire à celui de Beit Hanoun à Gaza pour les villages de Cisjordanie.
Cette escalade intervient à un moment politiquement sensible pour Benjamin Netanyahu. À seulement trois mois des élections prévues le 27 octobre, le Premier ministre, dont la survie politique est fragilisée par des poursuites pour corruption et des critiques concernant sa gestion des attentats du 7 octobre, pourrait tirer parti d'une intensification des tensions. Guy Poran, ancien officier de l'armée israélienne et figure de l'opposition, estime que le gouvernement, sans avoir orchestré les affrontements, a un "intérêt à enflammer la situation" en Cisjordanie, une stratégie potentiellement dictée par l'échéance électorale.
Denis Charbit, professeur de science politique, analyse cette dynamique comme une tentative de "ralliement au drapeau". Selon lui, "renforcer le front cisjordanien en période électorale" peut servir à mobiliser l'électorat en présentant le pays comme étant en danger imminent. Un tel calcul permettrait à Benjamin Netanyahu de se positionner en leader en temps de crise. Si les opérations en Cisjordanie dominent l'actualité d'ici octobre, le Premier ministre serait avantagé en tant que chef de gouvernement, bénéficiant d'un temps de parole échappant aux règles d'équité imposées aux candidats en période électorale.
Des officiels de l'armée israélienne, cités par le journal Haaretz, soulignent que le gouvernement chercherait activement à "enhardir la violence des colons" en Cisjordanie. Cette perspective met en lumière un calcul politique potentiellement cynique, où l'instabilité régionale pourrait être perçue comme un atout électoral. La situation actuelle en Cisjordanie ne se résume donc pas seulement à une recrudescence de la violence, mais s'inscrit également dans un contexte politique complexe où les enjeux électoraux semblent jouer un rôle non négligeable.
