L'ÉCHO DU MATIN
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REPORTAGE. "Le grand espoir du continent" : la Norvège se lance dans l'exploitation du plus grand gisement européen de terres rares

La Norvège se positionne comme un acteur clé dans la course à l'autonomie en matières premières critiques, en lançant l'exploitation de ce qui est désormais considéré comme le plus grand gisement de terres rares d'Europe. Face à une dépendance continentale écrasante vis-à-vis de l'approvisionnement chinois, le gouvernement norvégien et la compagnie Rare Earths Norway misent sur ce site exceptionnel pour soutenir la transition énergétique et renforcer la sécurité d'approvisionnement européenne.

Situé dans le sud du pays, au lieu-dit Fensfeltet, ce gisement est le résultat d'une activité volcanique débutée il y a près de 580 millions d'années. Il est désormais estimé à environ 16 millions de tonnes de terres rares, le classant parmi les plus importants au monde. Tor Espen Simonsen, responsable local de Rare Earths Norway, souligne l'importance stratégique de cette découverte, la qualifiant de "grand espoir" pour le continent, essentiel à la fois pour la décarbonation de l'économie et pour une moindre dépendance géopolitique. Ces métaux sont en effet indispensables à la fabrication des véhicules électriques, des éoliennes, des smartphones et de divers équipements militaires.

La compagnie minière Rare Earths Norway, détentrice du permis d'extraction, progresse activement sur le terrain. Des carottages sont menés quotidiennement, avec cinquante mètres forés chaque jour. Le géologue Eirik Bache Stokmo confirme la richesse du site, indiquant que les échantillons prélevés montrent des minéralisations prometteuses. Le PDG de Rare Earths Norway, Alf Reistad, insiste sur l'urgence de la situation, rappelant que la Chine détient un quasi-monopole sur ces ressources vitales pour l'industrie européenne. Le projet norvégien ambitionne de couvrir entre 30 et 40% de la demande européenne, un objectif ambitieux qui a même suscité un mouvement citoyen local, "MUGA, Make Ulefoss great again".

Le projet intègre une dimension environnementale significative, avec l'objectif de construire une "mine invisible". Cette approche prévoit une exploitation entièrement souterraine, où une grande partie des résidus serait réinjectée afin de minimiser l'impact sur l'environnement et de préserver les 600 habitants vivant au-dessus du gisement. Toutefois, un investissement colossal de 15 à 20 milliards de couronnes norvégiennes (soit entre 1,3 et 1,7 milliard d'euros) est nécessaire pour rendre l'installation opérationnelle. Pour garantir sa rentabilité face à la concurrence mondiale, l'aide financière de l'Union européenne est envisagée comme cruciale.

Le gouvernement norvégien a fait de ce dossier une priorité absolue, comme l'affirme Vegard Grøslie Wennesland, secrétaire d'État au ministère du Commerce, de l'Industrie et de la Pêche, promettant d'agir "aussi vite que possible". Néanmoins, malgré cet enthousiasme, l'Union européenne, qui vise à couvrir 10% de ses besoins en terres rares d'ici 2030, devra faire preuve de patience. En effet, la production de ce gisement norvégien ne devrait pas démarrer avant 2035, soulignant le long chemin à parcourir pour atteindre une véritable autonomie stratégique.

Source originale : franceinfo.fr

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