L'acteur Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française, a engagé une action en justice suite à la découverte de vidéos utilisant une voix synthétique imitant la sienne. Soutenu par l'Adami, la société de gestion des droits des artistes interprètes, il a déposé une plainte pénale pour "hypertrucage", une démarche qui pourrait établir un précédent important dans la lutte contre l'utilisation non autorisée de l'intelligence artificielle pour cloner des voix. Cette affaire souligne les défis croissants auxquels les artistes sont confrontés face aux technologies de deepfake.
La découverte remonte à l'automne 2025, lorsque la cousine de Denis Podalydès l'a alerté sur sa prétendue participation à des lectures de vidéos philosophiques sur YouTube. L'acteur a rapidement démenti, réalisant qu'une chaîne nommée "Voix philosophiques" diffusait une cinquantaine de vidéos reprenant des textes de penseurs comme Friedrich Nietzsche ou Neil Postman, lus par une voix dont le timbre était étonnamment proche du sien. Elizabeth Le Hot, directrice générale de l'Adami, rapporte que l'acteur a été choqué par cette utilisation, décrivant la lecture comme ayant "quelque chose de mort". La chaîne en question, qui comptait près de 110 000 abonnés, a depuis été fermée, mais son créateur avait pu monétiser cette audience, et certaines vidéos restent accessibles sur d'autres plateformes.
Face à cette usurpation, Denis Podalydès a choisi la voie judiciaire. En octobre 2025, il a déposé une plainte contre X pour hypertrucage, avec le soutien de l'Adami qui s'est également associée à la procédure. Une deuxième plainte, au civil, a été initiée pour "atteinte aux droits de la personnalité" et "contrefaçon". Une avancée significative a eu lieu le 2 juillet dernier, lorsque le tribunal judiciaire de Paris a ordonné à Google, la maison mère de YouTube, de communiquer toutes les informations permettant d'identifier le responsable de la chaîne. Cette approche contraste avec celle de certains artistes américains, comme Taylor Swift ou Matthew McConaughey, qui ont tenté de protéger leurs empreintes vocales via le bureau des brevets.
Pour étayer la preuve du clonage vocal, Denis Podalydès et l'Adami ont fait appel à Whispeak, une entreprise lilloise spécialisée dans la biométrie vocale. L'étude menée par Florent Van Calster, cofondateur de la société, a consisté à découper les vidéos incriminées en segments, puis à comparer la voix synthétique à des enregistrements authentiques de l'acteur. Une troisième étape a impliqué la comparaison de cette voix contrefaite avec une cinquantaine d'autres voix masculines francophones. Les conclusions de cette analyse statistique sont formelles : la similitude entre la voix des podcasts et celle de Denis Podalydès "n'est pas un hasard", confirmant ainsi l'utilisation frauduleuse de son empreinte vocale.
Cette affaire représente un enjeu majeur pour l'ensemble du monde artistique. En portant plainte pour hypertrucage, Denis Podalydès ouvre la voie à une reconnaissance juridique des préjudices liés à l'usurpation d'identité vocale par l'IA. La détermination à identifier et poursuivre les responsables de ces deepfakes envoie un message fort quant à la protection des droits des artistes à l'ère numérique, où les technologies avancées rendent le clonage de voix de plus en plus accessible.