Les médecins lyonnais tirent la sonnette d'alarme face à la multiplication des accidents impliquant des trottinettes électriques, dont les conséquences peuvent être dramatiques et laisser un quart des patients avec un handicap durable. L'hôpital pédiatrique Femme Mère Enfant (HFME) de Bron, au sein de la métropole lyonnaise, constate une recrudescence alarmante des traumatismes crâniens, particulièrement chez les jeunes, nécessitant des interventions d'urgence et de neurologie.
L'ampleur du phénomène est éloquente : les cas de traumatismes crâniens ont explosé, passant d'un seul en 2021 à vingt-cinq en 2025. Ces blessures, souvent très graves, sont majoritairement observées chez des enfants et adolescents, seuls ou à plusieurs, et trop souvent sans casque. Une étude publiée par ces professionnels de santé dans la revue scientifique *NeuroSurgery* met en lumière la nature des lésions. Le neurochirurgien Pierre Petitet, dont le service prend en charge les cas les plus sévères, explique que l'hématome extradural est la lésion la plus fréquente. Cette accumulation de sang entre le crâne et le cerveau peut, si elle n'est pas traitée, provoquer un coma, voire entraîner le décès. Avec le recul, un quart des patients conservent un handicap modéré à sévère, et une petite fraction d'entre eux souffre même d'un handicap très sévère.
Les accidents résultent souvent d'une perte de contrôle ou d'une collision avec un obstacle, projetant le jeune conducteur vers l'avant et entraînant un impact direct sur la tête. Le chef du service de réanimation et d'urgence pédiatrique, Étienne Javouhey, confirme cette tendance, relevant des cas "quotidiens" aux urgences. Les victimes sont majoritairement des garçons, avec un âge médian de 14 ans, et circulent fréquemment sur des trottinettes privées dont la vitesse n'est pas limitée, contrairement aux modèles en location. Ces engins, pouvant dépasser les 20 ou 25 kilomètres par heure, sont utilisés sans systèmes de protection adaptés, bien moins efficaces que ceux des motards.
Face à ce constat préoccupant, la communauté médicale insiste sur l'urgence d'agir. Pierre Petitet préconise le port "indispensable" du casque, tout en reconnaissant que ce n'est pas toujours suffisant. Il souligne la nécessité de renforcer la prévention et de sensibiliser le public aux dangers potentiels de ces engins, malgré leur aspect ludique et pratique. Ce phénomène n'est pas exclusif à Lyon ; les médecins lyonnais observent des situations similaires dans d'autres villes françaises, appelant ainsi à une prise de conscience nationale et à des mesures de sécurité renforcées pour protéger les usagers, en particulier les plus jeunes.