L'ÉCHO DU MATIN
Géopolitique

Des concerts de chanteurs pro-Assad annulés en Syrie après des protestations publiques

Une série d'annulations de concerts impliquant des artistes connus pour leur soutien passé à l'ancien régime de Bachar al-Assad a marqué l'actualité culturelle syrienne cet été, témoignant d'une montée des protestations publiques. Ces événements récents mettent en lumière une réticence croissante au sein de la population à accepter des figures associées à l'administration précédente, dans un contexte de transition politique et sociale.

Les manifestations se sont intensifiées notamment le 20 juillet, lorsque des habitants de Homs ont retiré des affiches promotionnelles annonçant des performances des chanteurs Mohamad Iskandar et Hossam Jneed. Mohamad Iskandar, un artiste libanais, devait se produire le 14 août à l'hôtel-restaurant Lion Palace, situé à Wadi al-Nasara, près de Homs. De son côté, le chanteur syrien Hossam Jneed avait plusieurs dates prévues, y compris à Homs et Sadad. Face à cette vague de mécontentement, la direction du Lion Palace a rapidement annoncé l'annulation du concert d'Iskandar, justifiant cette décision par le "respect des sentiments de notre peuple" et le désir de "préserver l’unité et l’entente au sein de la communauté". Des scènes similaires ont été rapportées le même jour à Yabroud, au nord de Damas, où des affiches de Mohamad Iskandar ont également été arrachées par des résidents.

Ces incidents s'inscrivent dans une tendance plus large, puisque dès la fin du mois de juin, le ministère syrien de la Culture avait déjà annulé un concert de Shadi Jamil, un autre artiste réputé pour ses liens avec l'ancien pouvoir, qui devait avoir lieu à l'Opéra de Damas. Les trois artistes mentionnés ont, par le passé, clairement affiché leur allégeance au régime de Bachar al-Assad. Mohamad Iskandar avait notamment chanté en 2016 "Mnemout Kbar", un titre aux paroles explicites telles que : "Nous n'accepterons personne d'autre que Bachar pour gouverner la Syrie". Hossam Jneed, en 2013, avait sorti "Ya Bachar Metlak Min", une chanson devenue populaire auprès des partisans du régime avec des vers comme : "Ô Bachar, qui est votre égal ? Vous qui avez le front si haut." Quant à Shadi Jamil, une vidéo datant de 2014, où il rendait hommage à la Syrie, Alep et Bachar al-Assad lors d'un concert au Venezuela, a refait surface et alimenté la controverse. Ces œuvres musicales ont largement contribué à diffuser le discours et la vision du régime durant les quatorze années de guerre civile.

Les réactions des artistes face à ces annulations ont été variées. Mohamad Iskandar a diffusé une vidéo le 20 juillet, s'adressant au président syrien de transition, Ahmed al-Charaa, pour demander son intervention et affirmant que sa démarche était purement artistique. À l'inverse, Hossam Jneed a choisi de présenter publiquement ses excuses au peuple syrien, reconnaissant ainsi l'impact de ses actions passées.

Ces événements récents, allant des protestations populaires aux annulations officielles et aux réactions des artistes, soulignent une dynamique complexe en Syrie. Ils révèlent une tentative de la société civile de se réapproprier l'espace public et culturel, et de marquer une distance claire avec les symboles d'une ère révolue. La voix du public semble ainsi s'affirmer de manière significative dans le paysage syrien actuel.

Source originale : france24.com

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