L'ÉCHO DU MATIN
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Comment notre lente accommodation à une biodiversité dégradée nous fait glisser vers l’amnésie environnementale

Comment notre lente accommodation à une biodiversité dégradée nous fait glisser vers l’amnésie environnementale

Dans les souvenirs collectifs, beaucoup se remémorent une époque où les pare-brise des véhicules étaient fréquemment maculés d'insectes après un long trajet, une image qui tend aujourd'hui à se raréfier. Pourtant, notre mémoire peine à embrasser des réalités plus anciennes, comme la présence de loups traversant les campagnes européennes au Moyen Âge ou l'abondance de saumons remontant la Seine au cours du XIXe siècle. Cet effacement progressif d'une nature autrefois luxuriante constitue un obstacle majeur à la préservation de la biodiversité actuelle.

Cette forme d'amnésie environnementale se manifeste par un glissement insidieux de nos repères. Si la diminution drastique des populations d'insectes volants est encore perceptible pour une génération, elle risque de devenir un simple récit pour les suivantes. La rapidité avec laquelle des changements écologiques significatifs peuvent s'intégrer à notre "normalité" est frappante, estompant la conscience de ce qui a été perdu en un laps de temps relativement court.

Plus profondément encore, la disparition de la mémoire de certains éléments faunistiques révèle l'ampleur de cette dégradation. Qui, en dehors des historiens et des naturalistes, se souvient que le loup était une espèce commune dans les paysages ruraux il y a plusieurs siècles, ou que le saumon était un poisson pêché couramment dans les eaux de la Seine il y a à peine deux cents ans ? Ces exemples lointains illustrent comment des écosystèmes entiers peuvent être transformés et leur état passé relégué aux oubliettes de la conscience collective.

Le danger de cet oubli réside précisément dans sa capacité à abaisser nos attentes. En ne se souvenant plus de la richesse et de la vitalité des écosystèmes d'antan, nous risquons de considérer l'état actuel, même dégradé, comme une référence acceptable. Cette perception altérée diminue l'urgence et la motivation à agir pour la conservation, car le point de comparaison pour évaluer la santé environnementale se déplace constamment vers un niveau inférieur. L'absence de cette "ligne de base" historique nous empêche d'apprécier pleinement l'étendue des pertes et, par conséquent, de défendre efficacement ce qui subsiste.

Pour éviter de sombrer dans cette amnésie écologique, il est impératif de cultiver la mémoire de la biodiversité passée. Reconnaître ce qui a été perdu est la première étape pour comprendre l'urgence de protéger ce qui reste et pour aspirer à restaurer une nature plus foisonnante. Sans cette conscience historique, nos efforts de conservation risquent de manquer de perspective et d'ambition.

Source originale : lemonde.fr

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