Le Festival international de Baalbek, rendez-vous culturel emblématique du Liban, a annoncé le 12 juin dernier le report de son édition prévue pour 2026. Cette décision, prise par les organisateurs, est directement liée à la détérioration de la situation sécuritaire et politique qui prévaut actuellement dans le pays. Alors que des négociations diplomatiques se déroulent sous médiation américaine entre Beyrouth et Tel Aviv, le terrain demeure instable, rendant impossible la tenue sereine d'un événement d'une telle envergure.
La ville de Baalbek, située dans l'est du Liban, a été particulièrement affectée par les récents événements. Depuis l'automne 2024, la région a subi de multiples bombardements, entraînant des destructions importantes, des pertes civiles et d'importants déplacements de population. Bien que les célèbres temples romains, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, n'aient pas été directement touchés, des dommages ont été constatés aux abords du site, notamment l'effondrement d'une partie du mur d'enceinte de l'acropole. Cette situation a suscité de vives inquiétudes quant à la préservation du patrimoine, menant à une mobilisation qui a permis d'obtenir une protection renforcée de l'UNESCO pour 34 sites libanais.
L'édition 2026 du festival, qui devait marquer son 70e anniversaire, avait pourtant une programmation prometteuse. Elle prévoyait notamment un ciné-concert du compositeur franco-libanais Gabriel Yared, avec un grand orchestre et une chorale, ainsi que des extraits de films. Des discussions étaient également en cours avec la compagnie de danse libanaise Caracalla pour un second spectacle majeur. Cependant, ces projets sont désormais suspendus. Les responsables précisent qu'il s'agit d'un report et non d'une annulation, la reprogrammation dépendant de l'évolution de la situation, des ressources financières, du soutien des mécènes et de la disponibilité des artistes.
Nayla de Freige, présidente du festival, a expliqué les motifs de cette décision. Elle a rappelé que le Festival de Baalbek, fondé en 1956, a toujours été un symbole de résilience, ayant déjà surmonté des périodes de guerre et de crise, avec des interruptions notables avant et pendant la guerre de 1975, en 2006, et durant la pandémie de Covid-19. La présidente a souligné que la responsabilité des organisateurs les a poussés à prendre en compte non seulement le contexte sécuritaire, mais aussi la sensibilité des populations locales face à un conflit meurtrier et aux déplacements massifs. Cette décision, prise en coordination avec les autorités politiques, est perçue non pas comme un abandon, mais comme une étape dans l'histoire du festival, une attente nécessaire pour mieux revenir.
Ce report s'inscrit ainsi dans une forme de résistance culturelle. Il témoigne de la volonté de préserver l'esprit du festival et son engagement de soixante-dix ans, en attendant des jours meilleurs. Le Festival international de Baalbek demeure un pilier de la culture libanaise, dont la flamme est maintenue, prête à briller à nouveau lorsque les circonstances permettront de célébrer l'art et la paix dans la cité millénaire.
