En Chine, la quête d'un logement abordable dans les grandes agglomérations pousse de nombreux jeunes à des arrangements de cohabitation extrêmes, une conséquence directe de l'envolée des prix des loyers. Dans les mégalopoles du pays, il est devenu courant de voir des annonces proposant de partager un espace aussi restreint qu'un studio de dix mètres carrés, illustrant une réalité où la mutualisation des ressources s'étend jusqu'au partage du lit conjugal, même entre inconnus.
C'est la situation vécue par Jiajia Hu, 23 ans, et Jiahui Jiang, 25 ans, à Shanghai. Ces deux jeunes femmes, qui se sont rencontrées récemment et ne sont pas en couple, partagent un studio de 25 mètres carrés et dorment dans le même lit. Cette colocation inhabituelle est régie par des règles strictes pour assurer une cohabitation harmonieuse. Jiajia insiste sur l'importance de l'hygiène, qu'elle juge bien respectée par Jiahui, tandis que cette dernière valorise le silence, notamment lorsque Jiajia travaille tard, parfois jusqu'à trois ou quatre heures du matin. Elles ont également convenu qu'aucun petit ami ne serait autorisé à venir, une condition non négociable. Avec un loyer mensuel de 530 euros à Shanghai, impossible à assumer seule pour une professeure de piano et une stagiaire aux revenus modestes, elles se partagent la charge, payant chacune environ 250 euros.
Ce phénomène n'est pas isolé et témoigne d'une crise du logement généralisée touchant étudiants et jeunes travailleurs. Sur les plateformes en ligne, les témoignages de cette promiscuité forcée sont nombreux. Certains arrangements vont encore plus loin, comme celui de trois hommes se partageant un unique lit, chacun l'occupant à tour de rôle selon ses horaires de travail décalés. Haijin Liu, un professionnel de la communication de 21 ans, cherche lui aussi un colocataire pour son espace de 10 mètres carrés, dont le loyer s'élève à 125 euros par mois. Son annonce détaille les critères : un homme propre, de son âge, salarié pour un rythme de vie similaire, et non-fumeur, en échange d'une participation de 30 euros par mois.
Ces solutions d'urgence, souvent mises en place via des petites annonces sur internet, sont généralement temporaires. Haijin, comme beaucoup d'autres, envisage de partager son lit pour quelques mois seulement, une durée moyenne pour ce type de cohabitation contrainte en Chine. Ces arrangements précaires soulignent la pression économique considérable qui pèse sur la jeunesse chinoise, contrainte d'adopter des modes de vie extrêmes pour faire face à la flambée des prix de l'immobilier dans les centres urbains.