L'ÉCHO DU MATIN
Géopolitique

En rejetant le plan de Trump sur Gaza, Netanyahu offre "une victoire au Hamas"

En rejetant le plan de Trump sur Gaza, Netanyahu offre "une victoire au Hamas"

La décision du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, de rejeter le plan de paix américain pour la bande de Gaza, annoncée dimanche soir, révèle les profondes divisions au sein de sa coalition gouvernementale à l'approche des élections législatives décisives d'octobre. Pour de nombreux analystes, ce refus israélien pourrait paradoxalement offrir une victoire diplomatique significative au mouvement palestinien Hamas.

Le plan proposé par Washington prévoyait une feuille de route en plusieurs phases, incluant le désarmement du Hamas et un retrait progressif des troupes israéliennes de l'enclave. Si le mouvement palestinien avait accepté la seconde phase de cet accord, la perspective d'une paix durable semble désormais s'éloigner. Benjamin Netanyahu a réaffirmé dimanche son opposition catégorique à tout retrait militaire tant que le Hamas ne serait pas "véritablement désarmé", exigeant l'abandon de toutes les catégories d'armes, des plus lourdes aux plus légères. Cette position n'étonne guère les observateurs, Israël occupant déjà 70% des 365 kilomètres carrés de la bande de Gaza et ayant toujours affiché ses réticences à s'en retirer. Le désarmement du Hamas devait être supervisé par le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), un organisme technocratique palestinien dont l'entrée à Gaza est actuellement bloquée par Israël.

L'annonce de Benjamin Netanyahu ne surprend guère les experts. Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Université ouverte d’Israël, souligne qu'en Israël, la conviction générale est que le Hamas n'est pas sincère dans ses intentions de désarmement. Selon lui, dès les premières discussions autour d'un tel accord, une grande partie des Israéliens anticipaient qu'il serait voué à l'échec. Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po, abonde dans ce sens, voyant dans cet échec la marque d'une diplomatie américaine souvent perçue comme privilégiant les "coups d'éclat" et la recherche de victoires éphémères plutôt que sur une solution durable.

Ce rejet israélien représente un revers diplomatique significatif pour le président américain Donald Trump. Bien qu'il ait affirmé lundi maintenir de "bonnes relations" avec Benjamin Netanyahu, des doutes subsistent quant à la solidité de cette alliance. L'acceptation du plan par le Hamas en juillet avait offert une bouffée d'oxygène à Washington, notamment dans le contexte des tensions avec l'Iran. Cet épisode marque une nouvelle prise de distance entre les deux alliés, après des frictions au printemps où Donald Trump avait vivement reproché à Benjamin Netanyahu de compromettre les négociations sur un cessez-le-feu avec Téhéran. En agissant ainsi, le Premier ministre israélien semble prioriser sa base électorale et les enjeux des législatives d'octobre.

En définitive, le refus de Benjamin Netanyahu de s'engager dans la voie tracée par Washington éloigne une fois de plus la perspective d'une stabilisation durable dans la bande de Gaza. Cette décision, motivée par des considérations politiques internes et une méfiance profonde envers le Hamas, est perçue par de nombreux analystes comme un succès diplomatique inattendu pour le mouvement palestinien, renforçant sa position face à un Israël divisé.

Source originale : france24.com

← Lire L'Écho du Matin en entier