Le monde universitaire britannique est en deuil après le décès de Jason Arday, un éminent professeur noir de l'université de Cambridge, retrouvé mort vendredi. Sa disparition intervient dans un contexte de vives accusations de harcèlement qu'il aurait subies depuis trois ans, suite à des allégations de plagiat qu'il contestait. Son parcours, marqué par son statut de plus jeune professeur noir de Cambridge en 2023, avait déjà attiré l'attention, et son décès suscite une profonde émotion et de nombreux hommages.
Âgé de 41 ans, M. Arday avait présenté sa démission le 5 août dernier de son poste de professeur de sociologie de l'éducation. Il faisait face à des interrogations croissantes concernant l'intégrité de ses travaux académiques, notamment sa thèse de doctorat, ainsi que des éléments de son parcours personnel, pourtant salué comme exemplaire. Dans un communiqué d'alors, il avait décrit l'impact des "accusations incessantes" et des "spéculations publiques" comme ayant eu des "répercussions profondes", dépassant "un simple désaccord académique". La police, qui l'a découvert sans vie vendredi après-midi à Battersea, Londres, a précisé que son décès n'était pas jugé suspect.
Cependant, nombre de ses proches et collègues pointent du doigt une campagne persistante de harcèlement. Sa famille a publié un communiqué dénonçant une "campagne de désinformation insupportable" qui aurait ciblé Jason Arday "pendant plus de trois ans" depuis sa nomination. Le professeur Simon Baron-Cohen de Cambridge a confirmé à la BBC que Jason Arday se disait victime d'une "campagne menée contre lui" depuis trois ans. Des personnalités politiques ont également réagi avec force : le maire de Londres, Sadiq Khan, a évoqué une "humiliation publique pernicieuse", tandis que la députée travailliste Bell Ribeiro-Addy a parlé de "chasse aux sorcières".
Pour ses défenseurs, la rigueur excessive de l'examen de son dossier s'explique en partie par le racisme latent, alimentant les débats sur les critères de recrutement des chercheurs issus de la diversité dans un climat de "guerre culturelle" au sein des institutions universitaires. Le professeur Kehinde Andrews, ami de M. Arday, a souligné que son ami était "profondément abattu" après sa démission, et a appelé à une prise de conscience de la "réalité extrêmement difficile" vécue par les universitaires noirs. L'Association africaine et caribéenne de Cambridge a également exprimé sa "profonde tristesse", rappelant le "parcours universitaire remarquable" de Jason Arday et l'admiration des étudiants à son égard.
Le Premier ministre Andy Burnham a appelé au calme, invitant à la "réflexion pour comprendre comment on en est arrivés là", plutôt qu'à des "jugements hâtifs". Alors que les hommages affluent, la disparition de Jason Arday soulève des questions fondamentales sur le soutien aux universitaires de couleur et la manière dont les institutions gèrent les controverses académiques. Beaucoup espèrent que cette "tragédie" serve d'"électrochoc" pour le milieu académique britannique, afin de garantir un environnement plus juste et inclusif pour tous.
