Le Trésor américain a franchi une étape historique cette semaine, annonçant que la dette du gouvernement fédéral a dépassé pour la première fois la barre symbolique des 40 000 milliards de dollars. Les données publiées mercredi par le ministère des Finances révèlent que l'endettement a atteint précisément 40 047 milliards de dollars après la dernière émission de bons effectuée mardi, signalant une augmentation plus rapide que prévu par les analystes du Bureau du Congrès pour le budget (CBO), qui anticipaient un chiffre d'environ 39 400 milliards de dollars d'ici la fin de l'année.
Cette accélération de l'endettement s'explique par plusieurs facteurs conjoncturels et structurels. D'une part, les emprunts liés aux dépenses de santé et de sécurité sociale ont significativement augmenté. D'autre part, la flambée des taux d'intérêt a renchéri le coût du service de la dette. Les inquiétudes persistantes concernant l'inflation, alimentées notamment par le conflit au Moyen-Orient et la hausse des prix de l'énergie, ont poussé les coûts d'emprunt à des niveaux inédits depuis des années. Le rendement des bons du Trésor à 30 ans a ainsi atteint mardi son plus haut niveau depuis 2007, contraignant l'État à dépenser davantage pour se refinancer et aggravant par là même son endettement.
Face à cette situation, le ministère des Finances a réagi mercredi en annonçant un programme de rachats plus importants d'obligations à long terme dès septembre. Cette initiative a été perçue positivement par les investisseurs, entraînant une détente des taux sur les marchés. Néanmoins, l'ampleur de la dette suscite de vives préoccupations. Jessica Riedl, spécialiste du budget à la Brookings Institution, a souligné que le rythme de déficit de l'État fédéral n'est "pas soutenable". La dette nationale a plus que doublé depuis la crise financière de 2008 et représente désormais un ratio d'environ 125 % du produit intérieur brut (PIB) américain. Alors que des déficits de 3 % à 4 % du PIB suffisaient autrefois à inquiéter les marchés, ils avoisinent désormais les 6 % à 7 %, rendant les investisseurs nettement plus nerveux.
Sur le plan politique, l'enjeu de la dette a toujours été central. Donald Trump avait, lors de ses mandats, promis de réduire les dépenses gouvernementales et de ramener le déficit annuel à 3 % du PIB, un objectif réitéré par son ministre des Finances, Scott Bessent. Cependant, le déficit s'est creusé ces derniers mois, notamment en raison du remboursement des droits de douane annulés par la Cour suprême en février, des réductions d'impôts et des dépenses militaires, en particulier celles liées au conflit avec l'Iran.
Bien que les analystes rappellent qu'il n'existe pas de seuil d'endettement par rapport au PIB déclenchant automatiquement une crise, et que la dette détenue par le public est souvent un indicateur plus suivi que la dette totale, ces repères psychologiques, comme le dépassement des 40 000 milliards de dollars, alertent les marchés financiers sur la nécessité d'une attention accrue. Cette situation souligne la complexité des défis économiques auxquels les États-Unis sont confrontés et l'importance des décisions budgétaires à venir.