L'ÉCHO DU MATIN
Finance

VRAI OU FAUX. Les prix des fruits et légumes n'ont-ils vraiment pas augmenté malgré la sécheresse, comme l'affirme la ministre de l'Agriculture ?

Face à une sécheresse estivale historique et des vagues de chaleur successives qui mettent à rude épreuve les cultures, la question de l'impact sur le pouvoir d'achat des ménages est au cœur des préoccupations. Le gouvernement a tenu à rassurer les consommateurs concernant les prix des fruits et légumes frais, affirmant qu'aucune hausse généralisée n'était observée. Une analyse des données disponibles révèle toutefois une situation plus nuancée, où la stabilité apparente masque des tensions significatives sur certains produits.

Mardi 18 août, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a déclaré sur une antenne de radio qu'aucune "augmentation massive généralisée des prix" n'était à déplorer. Elle a également souligné l'engagement de la grande distribution à "jouer le jeu" en acceptant des fruits et légumes de calibres différents, une mesure visant à soutenir les agriculteurs et à limiter leurs pertes face aux aléas climatiques. Cette position est en partie étayée par certaines statistiques. L'Insee, dans une estimation provisoire pour le mois de juillet, indique que l'ensemble des prix alimentaires n'a progressé que de 0,9% sur un an et est resté quasiment stable par rapport à juin. L'Interfel, l'interprofession des fruits et légumes frais, confirme cette tendance, affirmant qu'il n'y a pas d'envolée tarifaire généralisée pour l'ensemble du rayon. De plus, l'Observatoire des prix de Familles rurales, publié fin juillet, a même constaté une stabilisation (-0,2%) ou une baisse (-10%) des prix des fruits en agriculture conventionnelle et biologique respectivement.

Cependant, ces moyennes cachent de fortes disparités et des pressions croissantes. Un rapport antérieur de l'Insee, datant de juin et couvrant une période marquée par une canicule intense et précoce, relevait déjà une augmentation de 2,7% sur un an pour l'ensemble des produits frais. Certaines catégories spécifiques ont vu leurs tarifs s'envoler de manière bien plus marquée. C'est le cas des "légumes frais à fruits", incluant notamment les tomates et les courgettes, dont les prix ont grimpé de 13,4% en un an. Les "légumes à feuilles ou à tiges", comme les salades et les endives, ont quant à eux augmenté de 3,7%.

Les relevés en magasins effectués par Familles rurales corroborent ces observations pour les légumes, avec une hausse de 10% pour l'agriculture conventionnelle et de 7% pour le bio sur un an. Des produits phares ont connu des augmentations spectaculaires au kilo : les courgettes ont bondi de 32%, les tomates de 31% et les haricots verts de 24%. Il est crucial de noter que ces hausses importantes ont été constatées avant la vague de chaleur d'août, d'une durée exceptionnelle, ce qui suggère que les prix pourraient continuer de grimper.

L'Interfel confirme d'ailleurs que les producteurs sont directement touchés par la canicule, avec un "creux de production" pour certaines cultures sous serre et une situation "très difficile" en plein champ. Si les pertes ne sont pas encore précisément chiffrées, une baisse des rendements est constatée pour la plupart des produits, dont certains sont plus petits, voire abîmés par le soleil et le manque d'eau. La sécheresse estivale historique a déjà causé des dégâts irréversibles sur certaines cultures, faisant peser une incertitude sur les approvisionnements futurs.

En conclusion, si la situation actuelle ne révèle pas une flambée généralisée des prix des fruits et légumes, comme le soulignent les données moyennes, il est indéniable que des tensions importantes se manifestent sur des produits clés. Les consommateurs sont déjà confrontés à des hausses significatives pour certaines denrées, et l'impact continu de la sécheresse sur les récoltes laisse présager des défis persistants pour la filière agricole et le porte-monnaie des ménages. La vigilance reste de mise face à ces évolutions.

Source originale : franceinfo.fr

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