Une enquête récente menée par franceinfo met en lumière la prolifération inquiétante des « lookups », des moteurs de recherche illégaux qui agrègent et rendent accessibles des données personnelles dérobées lors de cyberattaques massives. Ces outils, identifiés comme une nouvelle menace par les forces de l'ordre, permettent à quiconque de consulter des informations sensibles, alimentant ainsi un écosystème criminel en pleine expansion sur des plateformes grand public.
Concrètement, ces « searchers » fonctionnent comme des bases de données où, à partir d'un nom ou d'un numéro de téléphone, il est possible de retrouver en un clic une multitude de renseignements personnels : numéros de téléphone, adresses électroniques et postales, et parfois même des coordonnées bancaires. Ces services, souvent accessibles gratuitement pour un certain nombre de requêtes ou via des abonnements payants, sont aisément repérables sur internet, mais aussi sur des plateformes comme Discord, Telegram, et sont même promus via des vidéos sur TikTok ou indexés par des moteurs de recherche classiques.
Derrière ces outils se trouvent souvent de jeunes individus, parfois âgés de seulement 16 ans, qui gèrent des serveurs comptant des dizaines de milliers de membres. Ces opérateurs sont motivés par la recherche de notoriété sur les réseaux sociaux, le défi technique, ou l'appât du gain. Comme le souligne un témoignage anonyme recueilli par franceinfo, le nombre de ces serveurs est « fou », avec de nombreux petits services passant sous les radars des autorités. L'enquête a d'ailleurs permis d'en identifier plus d'une vingtaine rien que sur Discord, sans compter les groupes et bots automatisés sur Telegram.
L'origine des données collectées par ces lookups est clairement établie : elles proviennent des nombreuses fuites de données qui ont touché la France ces dernières années. Opérateurs téléphoniques, Caisse nationale d'allocations familiales, France Travail, fédérations sportives, l'administration fiscale, l'Agence nationale des titres de séjour, ou encore le ministère de l'Éducation nationale figurent parmi les victimes dont les informations ont été piratées. Chaque nouvelle brèche vient enrichir ces bases, qui regroupent et recoupent des dizaines, voire des centaines de bases de données différentes, permettant de dresser des profils très complets des individus.
La disponibilité de ces informations volées a des conséquences alarmantes, facilitant un large éventail d'activités criminelles. Que ce soit pour monter des arnaques, organiser des vols ou même planifier des actes de violence, les données personnelles accessibles via les lookups constituent un terreau fertile pour la criminalité. Cette nébuleuse, caractérisée par un « effet de meute » chez les jeunes opérateurs, représente une menace sérieuse pour la sécurité et la vie privée des citoyens.