L'ÉCHO DU MATIN
Géopolitique

Guidés par la foi, des militants juifs affrontent des colons violents pour protéger des Palestiniens

Guidés par la foi, des militants juifs affrontent des colons violents pour protéger des Palestiniens

Depuis les attaques du Hamas contre Israël en octobre 2023, la Cisjordanie occupée connaît une recrudescence alarmante des violences. Dans ce contexte tendu, où des colons juifs israéliens revendiquent une souveraineté sur le territoire et harcèlent régulièrement la population palestinienne, un groupe de militants juifs israéliens se distingue par une démarche singulière : ils s'engagent à protéger les Palestiniens, affirmant agir au nom d'une vision humaniste et non-violente de leur foi. Leur présence sur le terrain les expose directement aux agressions des colons, qui, paradoxalement, se disent également guidés par leurs convictions.

Parmi ces activistes se trouve Ziva Sharp, une résidente de Jérusalem dont l'engagement est profondément enraciné dans sa foi juive. Elle explique que son action en Cisjordanie vise à "mettre en pratique [son] engagement envers [son] judaïsme, qui est humaniste et non violent" et à "réduire, dans la mesure de [leurs] possibilités, les dommages que le peuple juif inflige aux Palestiniens". Mme Sharp fait partie des "Enfants d'Abraham" (Bnei Avraham), un mouvement de juifs religieux qui se réclament de l'héritage de compassion du patriarche biblique. Bien que le groupe d'une trentaine de militants qu'elle accompagne soit d'âges et d'origines sociales variés, et que peu d'entre eux soient ouvertement religieux, tous partagent cette volonté de justice et de protection.

Ces militants se rendent régulièrement en Cisjordanie pour venir en aide aux Palestiniens. Mardi dernier, au moins cinq d'entre eux ont été blessés alors qu'ils tentaient de porter assistance à des habitants du village de Jannatah, près de Bethléem, victimes de harcèlement de la part de colons. Les activistes s'efforçaient de dégager des obstacles routiers et de construire une clôture pour la famille Faraj, dont la maison est sous pression constante. Un membre de cette famille, Mohammed Faraj, avait été tué en mars lors d'affrontements avec des colons, sans qu'aucune arrestation ne suive. Les colons, arrivés en voiture, ont violemment repoussé les militants et les journalistes présents, utilisant des pierres et du gaz poivré. Un journaliste de l'Agence France-Presse a même été blessé au menton par un coup de bâton infligé par un enfant colon, et les vitres des véhicules des activistes ont été brisées.

Cette confrontation s'inscrit dans un contexte de violences exacerbées depuis le 7 octobre 2023. Selon les données du ministère palestinien de la Santé, recoupées par l'AFP, au moins 1 099 Palestiniens ont été tués par des soldats ou des colons israéliens durant cette période. Côté israélien, au moins 48 personnes ont perdu la vie dans des attaques palestiniennes ou des opérations militaires. L'armée israélienne est souvent critiquée pour sa passivité, voire sa complicité, face aux agissements des colons. L'ambassadeur américain en Israël a d'ailleurs récemment dénoncé les "actions répugnantes" de certains colons en Cisjordanie.

L'engagement de ces militants juifs offre une perspective nuancée et courageuse au sein d'un conflit complexe. Guidés par des principes de pitié, de compassion et de justice, ils tentent de construire des ponts dans une région déchirée, soulignant que la foi peut aussi être un moteur de coexistence et de protection des plus vulnérables, même face à l'hostilité et à la violence. Leur action, bien que risquée, témoigne d'une résistance humaniste au cœur du conflit israélo-palestinien.

Source originale : france24.com

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