Téhéran, Iran — La répression à l'encontre des artistes féminines en Iran persiste, comme en témoignent les récentes condamnations de deux chanteuses iraniennes. Ces affaires mettent en lumière les restrictions draconiennes toujours imposées aux femmes dans un pays où il leur est interdit de se produire seules sur scène devant un public mixte. Malgré une évolution visible des comportements dans l'espace public, le cadre légal demeure immuable, exposant les contrevenantes à de lourdes peines.
Parmi ces cas, celui de Hiva Seyfizadeh a particulièrement marqué les esprits. La jeune femme de 29 ans a été condamnée en première instance à quatre ans de prison pour "incitation à la corruption et à la prostitution". Cette sentence fait suite à un concert qu'elle a donné à Téhéran, au Rooberoo Mansion, où elle a été arrêtée sur scène par les forces de sécurité, avant d'être libérée sous caution, selon l'organisation de défense des droits humains Hengaw. Spécialisée dans la musique traditionnelle et classique iranienne, Hiva Seyfizadeh affirme n'avoir fait que chanter des vers du grand poète persan Saadi.
Sur son compte Instagram, l'artiste a publiquement contesté la qualification des faits retenue par la justice. « Qu'est-ce qui dans mon comportement a 'incité à la corruption des mœurs et à la prostitution' ? Avoir chanté des vers de Saadi, un grand poète persan ? », s'est-elle interrogée, le regard empli de colère. Elle a également souligné son engagement de longue date dans le milieu musical iranien, sa passion pour le chant et l'enseignement, malgré les contraintes constantes pesant sur les femmes chanteuses. Une vidéo de sa performance montrait Hiva Seyfizadeh, vêtue d'une robe sobre et d'un léger foulard laissant apparaître l'avant de ses cheveux, se produisant face à un public composé d'hommes et de femmes.
Cette affaire intervient alors que d'autres artistes sont également visées, à l'image de Parastoo Ahmadi, condamnée à 74 coups de fouet pour s'être produite en public. Ces condamnations contrastent avec une certaine désobéissance civile observée dans les grandes villes iraniennes. En effet, depuis le mouvement "Femme, vie, liberté" déclenché par la mort de Mahsa Amini en septembre 2022, de plus en plus de femmes sortent tête nue sans être systématiquement réprimées par la police des mœurs. Cette évolution, signe que les autorités pourraient manquer de volonté ou de capacité à endiguer certains changements, est devenue visible dans l'espace public.
Cependant, les récents verdicts dans le milieu artistique rappellent que le cadre légal issu de la Révolution islamique de 1979, qui interdit aux femmes de chanter seules devant un auditoire mixte, reste en vigueur. Si des libertés informelles semblent émerger sur certains fronts, les sanctions demeurent particulièrement sévères pour celles qui osent défier ouvertement les règles établies, notamment dans le domaine culturel. Ces cas soulignent la volonté persistante du régime d'intimider les voix féminines et de maintenir son contrôle sur l'expression artistique.
