Le coût croissant des arrêts maladie est devenu un point de discorde majeur au sein de la sphère politique, avec des figures comme le Premier ministre Sébastien Lecornu et le candidat Horizons à la présidentielle, Édouard Philippe, qui ont récemment exprimé de vives inquiétudes. Alors que le gouvernement prépare le budget 2027, la question des dépenses liées aux indemnités journalières s'impose comme un enjeu crucial. Cependant, l'analyse des données révèle que le véritable poids financier ne réside pas tant dans la quantité des arrêts que dans leur durée.
Dans une interview publiée fin août, le Premier ministre Sébastien Lecornu a souligné une augmentation des abus, tandis qu'Édouard Philippe, s'exprimant lors de l'université du Medef, a appelé à mettre fin à ce qu'il a qualifié d'« open bar » des arrêts maladie. Ces déclarations ont rapidement suscité une réaction du corps médical. Agnès Giannotti, présidente du syndicat de médecins généralistes MG France, a dénoncé sur franceinfo une stigmatisation des patients et une décrédibilisation de la profession. Elle a insisté sur la nécessité de distinguer les arrêts courts, souvent liés à des affections passagères comme une gastro-entérite, des arrêts longs, qui représentent la majeure partie du coût et sont fréquemment associés à des problèmes de santé mentale ou des souffrances articulaires liées au travail.
Les chiffres de l'Assurance maladie confirment cette distinction fondamentale. Entre 2011 et 2024, les arrêts de travail d'une durée supérieure à trois mois, bien que ne constituant que 13% de l'ensemble des arrêts, ont généré 64% des dépenses en indemnités journalières. À l'inverse, les arrêts de moins d'un mois, qui représentaient 73% des arrêts indemnisés en 2024, n'ont coûté que 16% des dépenses sur la même période. Cette disproportion s'explique en partie par leur courte durée et par le mécanisme du délai de carence, qui ne prévoit pas d'indemnisation par la Sécurité sociale pour les trois premiers jours d'arrêt dans le secteur privé.
Cette tendance n'est pas nouvelle et s'inscrit dans la durée. Une annexe au projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, analysant les données de 2023, indiquait déjà que les arrêts courts de moins de huit jours, bien que représentant près de la moitié des arrêts indemnisés, ne constituaient que 4% des dépenses. Parallèlement, les arrêts longs de plus de six mois, qui ne représentaient que 7% des arrêts, étaient responsables de 45% des dépenses. Ces proportions sont restées relativement stables depuis 2011, malgré une augmentation globale de 23% du nombre d'arrêts de travail et une hausse de 72% des dépenses totales d'indemnités journalières sur la même période. L'augmentation du coût des arrêts maladie est également attribuée, selon le PLFSS 2026, à l'inflation.
En somme, l'analyse factuelle des données de l'Assurance maladie met en lumière une réalité complexe. Le débat sur le coût des arrêts maladie doit se focaliser sur les arrêts de longue durée, qui pèsent significativement sur les finances publiques, plutôt que sur les arrêts courts. Cette distinction est essentielle pour élaborer des politiques publiques ciblées et efficaces, qui répondent aux enjeux de santé au travail sans stigmatiser l'ensemble des patients ni les professionnels de santé.
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