L'ÉCHO DU MATIN
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Les femmes en ont marre des photos ratées prises par leur compagnon

Depuis plusieurs étés, une observation largement partagée sur les plateformes numériques met en lumière une frustration grandissante chez les femmes concernant la qualité des photographies prises par leurs partenaires masculins. Au-delà des légères frictions estivales au sein des couples, cette tendance révèle une interrogation plus profonde sur l'attention et le soin mutuel accordés dans une relation. Ce phénomène, baptisé il y a une décennie déjà l'« Instagram husband », décrit ces conjoints souvent sommés de documenter la vie de leur partenaire pour les réseaux sociaux, quitte à s'y reprendre à de nombreuses reprises.

La scène est devenue un classique des vacances : une femme, soigneusement apprêtée devant un décor idyllique comme un coucher de soleil, tend son smartphone à son compagnon et prend la pose. Le verdict est souvent le même après avoir consulté le cliché : un cadrage maladroit, un élément indésirable en arrière-plan, ou même un angle peu flatteur. Cette dynamique a même généré une tendance virale sur TikTok, où de jeunes femmes partagent une photo d'elles réussie, prise par leurs propres soins, avant de faire défiler les images moins flatteuses capturées par leur amoureux, souvent avec des détails indésirables comme un bouton d'acné en gros plan. La plainte principale n'est pas seulement d'être mal photographiée, mais d'être mal représentée, d'autant plus lorsque le compagnon publie de son côté des images qu'elle n'aurait jamais choisies.

Cette situation n'épargne personne, pas même les personnalités publiques. L'officialisation de la relation entre Kylian Mbappé et l'actrice Ester Expósito a, par exemple, alimenté le débat sur les réseaux sociaux. Les internautes ont comparé une photo très réussie du footballeur, supposément prise par sa compagne, à un cliché de l'actrice nettement moins avantageux, attribué au joueur. Ce scénario illustre parfaitement la fameuse opposition « la photo qu'elle prend de lui contre la photo qu'il prend d'elle », version célébrités. Il est frappant de constater que le problème ne réside presque jamais dans une question de technique photographique.

Une étude menée par l'institut Flashs pour Presse-Citron auprès d'un millier de jeunes Français en couple apporte un éclairage crucial. Pas moins de 78% des femmes interrogées ont exprimé leur déception face à une photo prise par leur partenaire. Interrogées sur les raisons de cette insatisfaction, sept femmes sur dix ont déclaré que la photo « ne les mettait pas suffisamment en valeur », tandis que seulement deux sur dix ont pointé des problèmes de cadrage, d'angle ou de lumière. Le véritable enjeu n'est donc pas l'appareil ou la compétence technique, mais bien le degré d'attention et de soin apporté. On observe également un déséquilibre des efforts : six femmes sur dix sont celles qui photographient le plus souvent leur conjoint, contre un tiers des hommes.

Reste à comprendre pourquoi tant d'hommes hésitent à fournir cet effort pourtant minime. Une explication courante, souvent avancée par les intéressés eux-mêmes, est qu'ils affirment adorer les photos « ratées » de leur moitié, trouvant de l'authenticité dans les éclats de rire moins esthétiques ou les expressions naturelles. Le photographe australien Adrian Magno a même popularisé cette idée dans une vidéo virale, suggérant que l'on tombe amoureux des détails que d'autres jugeraient disgracieux. Cependant, une autre dimension sociologique entre en jeu : se contorsionner pour réussir une jolie photo de sa compagne est encore souvent considéré, pour un homme, comme quelque peu dérisoire, voire comme une atteinte à la virilité, renvoyant à l'image du compagnon « soumis » ou « sous influence », comme le décrivent les expressions anglo-saxonnes.

En définitive, ce qui apparaît initialement comme une simple querelle de couple sur des clichés de vacances révèle des dynamiques relationnelles plus profondes, touchant à la perception de soi, à l'attention mutuelle et aux stéréotypes de genre. La question des photos ratées est bien plus qu'une affaire d'esthétique : elle interroge la manière dont on choisit de regarder et de représenter l'autre.

Source originale : franceinfo.fr

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