La sécheresse persistante et les températures caniculaires ont gravement affecté les récoltes de maïs à travers l'Europe cette année, provoquant des bouleversements sans précédent pour l'agriculture du continent. De la Hongrie à la France, les agriculteurs et les filières agroalimentaires font face à des pertes historiques, remettant en question la sécurité alimentaire et la rentabilité de nombreuses exploitations.
La Hongrie, autrefois un exportateur majeur de maïs et parmi les principaux producteurs de l'Union européenne aux côtés de la France et de la Roumanie, devrait devenir un importateur net dès 2026. Ce basculement marque un tournant historique, imputable à des sécheresses récurrentes, des chaleurs intenses et un manque d'eau chronique. Le ministre hongrois de l'Agriculture a qualifié la situation de "sans précédent", soulignant l'étendue des pertes qui touchent la quasi-totalité des secteurs agricoles du pays. Face à ces défis climatiques, de nombreux agriculteurs hongrois se tournent désormais vers des cultures plus résistantes, comme le tournesol.
Ce scénario n'est pas isolé. La Roumanie, un autre pilier de la production de maïs en Europe, subit également de lourdes pertes. La Commission européenne anticipe une production totale de maïs pour l'UE de seulement 50,1 millions de tonnes en 2026, un volume proche de son niveau le plus bas depuis deux décennies et environ 20% en deçà de la moyenne habituelle. Cette diminution a des conséquences directes, notamment pour l'élevage, puisque le maïs constitue une part essentielle de l'alimentation des bovins, des porcs et des volailles. Les éleveurs sont contraints de chercher des sources d'approvisionnement alternatives, souvent plus coûteuses.
En France, la situation est tout aussi préoccupante. Dans le Loiret, Romain Deroué, éleveur de vaches laitières et membre des Jeunes Agriculteurs, témoigne d'une récolte de maïs "nulle" cette année. Il a dû acheter du fourrage à un voisin bénéficiant d'un système d'irrigation, une dépense qui a anéanti la marge qu'il espérait dégager de son lait. Plus largement, selon Agreste, le service statistique du ministère de l'Agriculture, la production de maïs fourrager devrait chuter de près de 27% par rapport à l'année précédente, tandis que la récolte de maïs grain est estimée à neuf millions de tonnes, son niveau le plus bas depuis 1980. Les prairies ont également souffert, leur pousse ayant été inférieure de 30% à la moyenne de référence fin juillet, forçant les éleveurs à puiser prématurément dans leurs réserves hivernales ou à acheter du fourrage supplémentaire.
Ces bouleversements agricoles commencent à avoir des répercussions macroéconomiques. Selon une première estimation du ministère de l'Économie, les canicules et la sécheresse de l'été 2026 pourraient amputer la croissance française de 0,1 point. La crise actuelle met en lumière la vulnérabilité de l'agriculture européenne face au changement climatique, appelant à des stratégies d'adaptation et de résilience à long terme pour assurer la pérennité des filières et la sécurité alimentaire du continent.
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