L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a révélé que le régime de Bachar al-Assad en Syrie était sur le point d'achever la construction d'un réacteur nucléaire. Selon les déclarations de Rafael Grossi, directeur général de l'agence onusienne, ce réacteur, qualifié de "très efficace pour la production de matière fissile", aurait pu être utilisé dans la fabrication d'armes nucléaires. Cette annonce majeure a été faite lors d'une conférence de presse à Vienne, coïncidant avec une réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, et fait suite à un rapport identifiant des infrastructures à Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie, comme compatibles avec celles d'un réacteur nucléaire.
M. Grossi a précisé que le réacteur était "presque achevé", ne nécessitant plus que le chargement du combustible pour être opérationnel. Bien que l'AIEA s'abstienne de confirmer explicitement une intention militaire, le directeur général a souligné que les autorités syriennes de l'époque avaient manifestement œuvré dans la plus grande discrétion, "ne voulant pas que le monde sache ce qu'ils faisaient". Les caractéristiques techniques de l'installation la rendaient particulièrement apte à la production de matière fissile, directement utilisable pour des programmes d'armement.
Ce site de Deir Ezzor a une histoire mouvementée. Il est resté fermé pendant dix-huit ans, suite à un bombardement israélien survenu en 2007, comme Israël l'a reconnu en 2018. Moins d'un an après cette frappe, des officiels américains avaient déjà accusé la Syrie de tenter de construire un réacteur nucléaire secret, détruit par le raid israélien. En 2011, l'AIEA avait elle-même jugé "très probable" qu'il s'agissait d'un réacteur nucléaire, suspectant une assistance de la Corée du Nord en matière d'expertise, de plans ou de soutien technique. Si ces nouvelles révélations de l'AIEA apportent des précisions, elles ne constituent pas une surprise totale pour des observateurs comme l'Institut pour la science et la sécurité internationale (Isis), qui attendent toujours des éclaircissements sur la coopération avec Pyongyang.
Plus récemment, des inspections menées par l'AIEA ont permis de faire d'autres découvertes significatives. L'année dernière, l'organisme de sûreté nucléaire avait déjà annoncé la détection de particules d'uranium à Deir Ezzor lors d'une inspection en 2024. Le mois dernier, Rafael Grossi et ses équipes ont visité plusieurs sites, révélant la présence, outre le réacteur, d'un site de production de combustible nucléaire et de 73 tonnes d'uranium naturel, dont 55 tonnes sous forme de barres de combustible et le reste en déchets. Concernant le réacteur lui-même, des travaux d'excavation sont toujours en cours, et M. Grossi n'a pas exclu la possibilité que les anciennes autorités syriennes aient pu provoquer des explosions afin d'entraver les enquêtes et de masquer la nature exacte des activités passées.
Depuis la destitution de Bachar al-Assad en 2024, les nouvelles autorités syriennes ont exprimé leur engagement à collaborer pleinement avec l'AIEA. Elles se sont notamment engagées sur la comptabilisation et le contrôle des matières nucléaires présentes sur leur territoire, marquant ainsi une rupture avec l'opacité du régime précédent et offrant une perspective de transparence pour l'avenir de la non-prolifération dans la région.