L'ÉCHO DU MATIN
europe

"Cela m'effraie" : en Allemagne, la victoire de l’AfD fait trembler la mémoire du nazisme

"Cela m'effraie" : en Allemagne, la victoire de l’AfD fait trembler la mémoire du nazisme

Le récent succès électoral de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) dans la région de Saxe-Anhalt, située dans l'ancienne Allemagne de l'Est, a déclenché une vague de consternation. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, un parti d'extrême droite se trouve en position de potentiellement diriger un gouvernement régional allemand. Cette perspective suscite de vives inquiétudes quant à la préservation de la mémoire des crimes nazis et la direction que pourrait prendre le pays.

Dimanche dernier, la formation antimigrants et prorusse a infligé un revers significatif aux conservateurs de la CDU, le parti du chancelier Friedrich Merz, en remportant près de 44 % des suffrages, contre seulement 17 % pour leurs rivaux. Ce résultat a provoqué un véritable choc politique en Allemagne, où l'AfD est déjà la principale force d'opposition au niveau national depuis les dernières élections législatives. La Saxe-Anhalt, une des régions les moins prospères du pays, se retrouve ainsi au cœur d'un débat national et international.

Face à cette ascension, les voix des survivants de la Shoah se font entendre avec émotion. Eva Umlauf, rescapée slovaque du camp d'Auschwitz-Birkenau et présidente du Comité international d'Auschwitz, a exprimé sa profonde consternation depuis l'Allemagne où elle réside. Née en 1942 dans un camp de travail forcé, elle n'aurait jamais imaginé revoir un parti d'extrême droite devenir la force parlementaire dominante dans un Land allemand, s'interrogeant avec angoisse sur le chemin que prend l'Allemagne. Charlotte Knobloch, ancienne présidente du Conseil central des juifs en Allemagne et survivante cachée pendant la guerre, a confié au média Tagesschau qu'elle peine à reconnaître son propre pays. Pour elle, un tel score est le signe que les fondements démocratiques s'érodent, une situation qu'elle décrit comme "effrayante".

Les institutions dédiées à la mémoire historique partagent également cette préoccupation grandissante. La Fondation des mémoriaux de Buchenwald et de Mittelbau-Dora a lancé un appel urgent à la protection des centres d'éducation historique et politique. Elle redoute qu'un parti qui a été accusé de minimiser les atrocités nazies et de promouvoir une révision de l'histoire ne puisse se retrouver aux commandes de l'État régional et mettre en œuvre ses idées. Il est important de rappeler que l'actuelle Saxe-Anhalt abritait 42 sous-camps liés aux camps de concentration de Buchenwald et de Mittelbau-Dora. Le professeur Jens-Christian Wagner, directeur de la fondation, insiste sur la nécessité pour ces lieux de mémoire de conserver leur indépendance de recherche et d'information, sans être subordonnés à un quelconque agenda politique nationaliste.

Cette victoire de l'AfD ne crée pas seulement une onde de choc en Allemagne, mais aussi chez ses partenaires, notamment en France, et parmi les résidents étrangers qui craignent un tournant pour le pays. Le débat autour de la démocratie, de l'histoire et de la responsabilité collective est plus que jamais ravivé par ce résultat électoral, posant des questions fondamentales sur l'avenir de l'Allemagne et la manière dont elle continuera d'affronter son passé.

Source originale : france24.com

← Lire L'Écho du Matin en entier