À l'approche des élections législatives russes, prévues du 18 au 20 septembre pour renouveler la Douma, le Parlement du pays, une vague de disqualifications de candidats suscite des interrogations. Dans un contexte de guerre en Ukraine, les autorités russes semblent intensifier leur vigilance, écartant de la course électorale des individus pour des motifs souvent jugés futiles, voire arbitrares. Cette entreprise de purge vise à affiner le paysage politique, en éliminant les profils jugés indésirables avant même le scrutin.
Selon une enquête publiée le 4 septembre par le média indépendant russe Verstka, pas moins de 36 candidats ont été disqualifiés par les instances électorales. Si ce chiffre peut sembler modeste face aux 4 436 aspirants à un siège à la Douma et aux plus de 10 000 en lice pour les parlements régionaux, il est d'une importance capitale. En effet, la plupart de ces candidats avaient déjà obtenu le feu vert initial pour concourir, souvent parce qu'ils appartenaient à des partis dits "systémiques", dont l'existence est tolérée par le Kremlin. Parmi eux figurent des figures politiques de premier plan, comme le communiste Nikolai Bondarenko, dont l'éviction souligne l'ampleur de cette manœuvre.
Les raisons invoquées pour écarter ces candidats frôlent parfois l'absurde, comme le souligne Matthew Blackburn, spécialiste de la politique russe à l’Institut norvégien des affaires internationales. Une simple photo d'une œuvre de Banksy postée sur les réseaux sociaux, ou un message rendant hommage à Lemmy Kilmister de Motörhead, peuvent suffire à déclencher le couperet des autorités. Ces motifs, anodins en d'autres circonstances, révèlent une interprétation extrêmement restrictive des règles électorales.
D'autres motifs, plus politiquement sensibles, sont également utilisés. Toute référence à l'opposant défunt Alexeï Navalny, même ancienne, peut être qualifiée de promotion de "symbole extrémiste". C'est ainsi que des candidats sont épinglés pour avoir partagé des photos de l'ancien détracteur de Vladimir Poutine. De même, la publication d'images contenant les logos de réseaux sociaux interdits en Russie, comme Facebook ou Instagram, est devenue un prétexte à la disqualification. Le communiste Vladimir Vinichenko en a fait les frais pour une photo de manifestation datant de 2019 affichant le logo Facebook. L'appartenance à des entreprises occidentales peut aussi être un facteur : l'homme d'affaires Maxim Larin a été écarté pour ses actions Apple, Meta et Microsoft, tandis que le blogueur pro-Poutine Yevgueny Poddubny n'a rencontré aucun problème avec des avoirs similaires.
Cette série de disqualifications, à seulement quelques jours du scrutin, dépeint un climat de resserrement du contrôle politique. Elle met en lumière la détermination du pouvoir à modeler un paysage électoral dénué de toute voix jugée dissonante, quitte à recourir à des prétextes jugés faibles par les observateurs internationaux.
