La question de l'exercice de l'autorité au sein du monde professionnel est au cœur d'une récente étude menée par la Fondation Jean Jaurès. Cette enquête, qui s'est intéressée aux 30% de salariés ayant des responsabilités d'encadrement, qu'ils soient managers de proximité, intermédiaires ou cadres dirigeants, révèle une relation pour le moins ambivalente avec cette facette inhérente à leur fonction.
Interrogeant cinq cents encadrants, l'étude montre que seulement 53% d'entre eux adhèrent à l'idée que "manager, c'est exercer son autorité". Cette conviction est plus marquée chez ceux qui dirigent des équipes de six personnes ou plus, tandis que les managers de plus petites structures se montrent moins enclins à cette vision. Plus frappant encore, près de six managers sur dix avouent pratiquer une forme d'autocensure, craignant de froisser leurs collaborateurs ou d'affronter leurs réactions. Ce phénomène, bien que plus présent chez les jeunes encadrants, touche également leurs homologues plus expérimentés, la peur de passer pour un "petit chef" persistant même aux échelons supérieurs de la hiérarchie.
Cette réticence à incarner pleinement l'autorité se manifeste dans la manière dont les managers définissent leur propre rôle. Ils se perçoivent davantage comme des facilitateurs, des animateurs, des organisateurs ou des rassembleurs d'équipes. Pourtant, lorsqu'ils évoquent les attentes vis-à-vis de leur propre hiérarchie, le discours change radicalement : ils aspirent à des supérieurs qui fixent des orientations claires, donnent des consignes précises et prennent des décisions tranchées.
Plusieurs facteurs expliquent cette dualité. L'étude pointe notamment un sentiment de manque de légitimité, particulièrement lorsque l'accès à un poste d'encadrement ne s'accompagne pas d'une reconnaissance de compétences professionnelles ou d'une expérience de terrain suffisante. L'absence de pouvoir réel, comme la capacité d'augmenter ou de promouvoir un collaborateur, tout en devant maintenir leur motivation, contribue également à cette difficulté. Par ailleurs, la gestion de petites équipes, où les dynamiques interpersonnelles sont plus prégnantes, peut rendre l'exercice de l'autorité plus délicat. Ce contexte est d'autant plus complexe que le management "à la française", traditionnellement plus vertical, est remis en question par un discours prônant l'horizontalité, la co-élaboration et l'intelligence collective, comme l'avait souligné l'Inspection générale des affaires sociales l'an dernier.
En somme, l'étude de la Fondation Jean Jaurès dépeint un portrait nuancé des managers, souvent pris entre l'impératif d'exercer leur autorité et la crainte de ses répercussions. Ils se retrouvent en première ligne pour naviguer ces injonctions contradictoires, cherchant un équilibre délicat entre animation d'équipe et direction stratégique dans un environnement professionnel en constante évolution.
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