Olivier Grondeau, un citoyen français récemment libéré des geôles iraniennes, fait un retour remarqué sur la scène littéraire avec son premier ouvrage, "Joseph dans la nuit". Ce récit poignant, publié aux éditions L’Iconoclaste, vient d'être retenu dans la première sélection du prestigieux prix Goncourt 2026, offrant une reconnaissance inattendue à une expérience de détention des plus éprouvantes. Le livre retrace avec une sensibilité particulière les premiers mois de son incarcération, mêlant poésie et portraits humains.
Arrêté le 12 octobre 2022 dans une auberge de Chiraz, le jeune voyageur avait été accusé d'espionnage et condamné à cinq ans de prison, avant d'être finalement libéré en mars 2025 après deux ans et demi de détention. Son arrestation est survenue au cœur du mouvement de contestation "Femme, Vie, Liberté", déclenché par la mort de Mahsa Amini, décédée suite à son interpellation par la police des mœurs iranienne. Après un passage dans une prison de Chiraz, Olivier Grondeau fut transféré à Téhéran, dans la tristement célèbre section 209 de la prison d'Evin, sous le contrôle du ministère iranien du Renseignement.
Au fil des transferts de cellule, sans jamais saisir clairement les motifs de sa détention, le Français a noué des liens profonds avec ses codétenus, pour la plupart des prisonniers politiques. Des figures comme Peyman, Vahid, Rezai, Nima ou Noureddine sont devenues de véritables compagnons d'infortune, lui offrant soutien et des moyens de tenir. Certains le rassuraient, d'autres lui enseignaient des rudiments de farsi, des vers de poésie persane, ou même des astuces de survie, comme Noureddine lui procurant un pommeau de douche volé pour qu'il puisse enfin apercevoir son reflet. Olivier, passionné de littérature et de cinéma, partageait aussi ses évasions mentales, projetant des films imaginaires sur les murs de sa cellule, une pratique qu'il partagea avec Emad, un jeune détenu, pour s'offrir des instants de bonheur dérobés.
Malgré sa libération, l'ancien otage français reste profondément préoccupé par le sort de ceux qu'il a côtoyés. Il a appris avec effroi qu'un de ses anciens compagnons de la branche pénitentiaire d'Evin a été exécuté par pendaison en mars 2026. Cette nouvelle s'inscrit dans un contexte de répression accrue en Iran depuis son retour en France, avec au moins 54 personnes exécutées pour des motifs politiques au cours des huit derniers mois, dont 31 liées aux manifestations de janvier, selon l'organisation Iran Human Rights. Olivier Grondeau a mis du temps à retrouver un équilibre, peinant à se réadapter à sa vie, et a depuis ressenti le besoin de prendre du recul.
"Joseph dans la nuit" se révèle ainsi un témoignage essentiel, à la fois poétique et cru, sur l'endurance humaine face à l'adversité et la solidarité qui peut naître dans les conditions les plus extrêmes. Le parcours d'Olivier Grondeau, de l'isolement carcéral à la reconnaissance littéraire, souligne l'importance de son récit pour éclairer une réalité souvent masquée.
