Les marins-pêcheurs expriment leur profond mécontentement à travers une série d'actions de mobilisation. Ce mardi 15 septembre, plusieurs dizaines de professionnels du secteur ont mis en place un blocus du dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Cette opération, qui a débuté aux alentours de 3 heures du matin et a vu une cinquantaine de camions-citernes immobilisés, fait suite à des manifestations similaires qui se sont déroulées lundi dans l'Hérault et les Pyrénées-Orientales. Face à l'escalade de la tension, la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, a annoncé qu'elle recevrait les représentants de la filière "dans les prochains jours".
Au cœur de la colère des pêcheurs se trouve l'envolée des prix du carburant. Le gazole, essentiel à leur activité, a vu son coût grimper de manière significative. Alors qu'il s'élevait à environ 60 centimes le litre en février dernier, avant le début du conflit au Moyen-Orient, il atteint désormais 1,08 euro le litre pour le gazole détaxé, selon l'Observatoire du carburant. Manu Martinez, vice-président du comité des pêches de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, souligne l'impact dévastateur de cette hausse, indiquant que le carburant représente aujourd'hui les trois quarts des dépenses quotidiennes d'un navire, contre seulement 30% auparavant. Christine Poncharreau, présidente du comité régional des pêcheurs maritimes de Provence-Alpes-Côte d'Azur, qualifie cette situation d'« équation financière difficilement tenable », malgré les aides gouvernementales reconduites pour septembre et octobre.
Au-delà des coûts d'exploitation, les pêcheurs dénoncent une « surcharge administrative » jugée insupportable. Christine Poncharreau évoque un « ras-le-bol général » face à une bureaucratie excessive qui entrave leur travail quotidien. Bernard Perez, président du comité régional des pêches d'Occitanie, explique que l'application stricte des réglementations obligerait les professionnels à consacrer autant de temps à la paperasse qu'à la pêche, une situation intenable, particulièrement pour les petits artisans. Un autre pêcheur témoigne de la redondance des tâches, les informations sur les captures étant déjà disponibles via les criées, mais les professionnels étant tout de même contraints de les saisir manuellement chaque soir.
La France, deuxième producteur européen de produits de la pêche avec 477 000 tonnes capturées en 2024, voit ainsi ses professionnels confrontés à une « dégradation continue de leurs conditions d'activité ». Si les quotas sont également mentionnés comme un sujet de préoccupation, c'est l'ensemble des contraintes économiques et réglementaires qui pousse aujourd'hui les marins à durcir leur mouvement, comme ils l'avaient annoncé lors des précédentes manifestations.
L'attente est désormais forte autour de la rencontre prévue avec la ministre de la Mer et de la Pêche. Les marins-pêcheurs espèrent que cette mobilisation permettra d'obtenir des réponses concrètes à leurs revendications, afin de garantir la pérennité de leur profession face à des défis économiques et administratifs croissants.