L'ÉCHO DU MATIN
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Ces affiches jaunes et moches générées par IA envahissent nos rues, et ça commence sérieusement à énerver pas mal de monde

Ces affiches jaunes et moches générées par IA envahissent nos rues, et ça commence sérieusement à énerver pas mal de monde

Depuis l'été 2026, un phénomène visuel singulier et de plus en plus irritant a pris d'assaut nos espaces urbains : des affiches aux teintes jaunes criardes, souvent d'une laideur notable, générées en quelques clics par intelligence artificielle. Qu'il s'agisse d'annoncer un bal de pompiers, un vide-greniers de quartier ou les menus d'un restaurant rapide, ces créations numériques se sont immiscées partout, des vitrines de commerces aux lampadaires. Leur omniprésence suscite une exaspération grandissante, au point de voir naître une véritable résistance citoyenne face à ce que certains internautes ont surnommé la "ChatGPT Flyer Pandemic".

Ces visuels, reconnaissables à leurs couleurs saturées, leurs polices de caractères cursives peu esthétiques et leurs erreurs anatomiques typiques de l'IA – comme des mains à six doigts –, ont été initialement popularisés sur les réseaux sociaux avant de déborder dans le monde physique. Le journaliste Jason Koebler, du média américain 404 Media, a documenté leur propagation mondiale, les repérant aussi bien sur des publicités pour des cours de surf à Venice Beach que sur des flyers de collectes de fonds au Texas ou des affiches à la Fête de l'Humanité en France. Ce qui était d'abord une curiosité numérique est désormais une réalité tangible.

L'uniformité de ces affiches, caractérisée par une dominante jaunâtre ou sépia, n'est pas un hasard. Des chercheurs expliquent cette particularité par la "consanguinité" des intelligences artificielles. Pour s'améliorer, les modèles d'IA nécessitent d'énormes quantités de données. Ayant déjà digéré une grande partie du contenu disponible en ligne créé par l'humain, ils se mettent désormais à s'entraîner sur des images générées par d'autres IA. Ce processus d'auto-réplication amplifie leurs propres défauts, dont cette fameuse teinte jaune. Les spécialistes comparent ce phénomène à l'effet Habsbourg, où des mariages consanguins ont accentué des traits physiques jusqu'à la caricature. Par ailleurs, une étude de France Culture suggère que les modèles de langage ont associé les couleurs chaudes, comme celles des couchers de soleil, à une perception positive, ce qui les pousse à privilégier cette palette pour des événements festifs.

Au-delà de l'aspect purement esthétique, la prolifération de ces affiches soulève des questions plus profondes. Un visuel générique peut donner l'impression d'un événement tout aussi impersonnel. Mais surtout, chaque création machine remplace potentiellement le travail d'un illustrateur ou d'un graphiste humain, privant ainsi des artistes de revenus. Face à cette situation, une contestation s'organise sur le terrain : des autocollants moqueurs, tels que le "Certified AI Bullshit" vendu en ligne, sont apposés sur les affiches suspectes. En Irlande du Nord, des établissements comme un pub de Belfast se déclarent "lieux sans IA", refusant tout visuel généré par machine. En réaction, certains commerçants connaissent un succès viral en revendiquant l'authenticité du "fait main" – une simple pancarte en carton avec un feutre baveux, fièrement estampillée "garanti 100 % sans IA", démontrant que le public privilégie la sincérité du geste humain à la perfection froide de l'algorithme.

Cette "pandémie" de flyers générés par IA révèle ainsi un enjeu bien plus vaste que la simple question du bon goût. Elle met en lumière les préoccupations éthiques liées à l'impact de l'intelligence artificielle sur les métiers de la création et la valeur du travail humain. La question de l'utilisation des fonds publics pour des créations artificielles, comme cela a pu être soulevé à Rouen concernant une affiche d'événement municipal, souligne l'importance croissante du débat sur la place de l'IA dans notre quotidien et la nécessité de préserver l'authenticité et la rémunération de l'art humain.

Source originale : franceinfo.fr

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