Le groupe parlementaire La France insoumise (LFI) a récemment relancé son appel en faveur d'un blocage des prix des carburants, une revendication récurrente depuis l'escalade du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran en février 2026, et déjà formulée lors de l'inflation post-guerre en Ukraine en 2022. Mathilde Panot, cheffe de file de LFI à l'Assemblée nationale, a notamment affirmé le 15 septembre que ce type de mesure avait déjà été mis en œuvre en métropole en 1990 et qu'il était actuellement en vigueur dans les Outre-mer. Cette déclaration soulève la question de la nature exacte de ces dispositifs passés et présents.
Concernant la situation en métropole en 1990, il est exact qu'une mesure temporaire a été instaurée face à la flambée des cours du pétrole provoquée par la guerre du Golfe. Le Code du commerce, via son article L410-2, autorise en effet le gouvernement à prendre des "mesures temporaires" pour contrer des fluctuations de prix "excessives" en cas de crise ou de circonstances exceptionnelles. Toutefois, la mesure de 1990 ne correspondait pas à un blocage total des prix tel que l'entend aujourd'hui La France insoumise.
Le décret du 8 août 1990 avait instauré un plafonnement des prix de vente des produits pétroliers. Concrètement, si les marges des compagnies et des distributeurs, ainsi que la part des taxes, étaient bien fixées, le prix maximal de vente à la pompe était, lui, recalculé quotidiennement. Ce calcul se basait sur l'évolution des cours du pétrole sur le marché de Rotterdam. Par conséquent, durant les cinq semaines d'application de ce plafonnement, du 9 août au 15 septembre 1990, les prix des carburants à la pompe ont continué d'augmenter. Un rapport sénatorial de 1991, portant sur le projet de loi de finances, avait d'ailleurs relevé une hausse des prix de 7% à 10% selon le type de carburant sur cette courte période, même si le ministre de l'Économie de l'époque avait souligné que l'augmentation avait été moindre que sans cette mesure.
En revanche, l'affirmation selon laquelle des prix administrés existent actuellement dans les Outre-mer est correcte. À La Réunion, par exemple, les prix des carburants sont effectivement régulés par les autorités locales, ce qui constitue une différence notable avec le fonctionnement du marché en métropole.
Ainsi, si l'idée d'une intervention sur les prix des carburants n'est pas inédite en France, la nature et l'impact de ces mesures diffèrent. Le "plafond" de 1990 n'a pas empêché une augmentation des prix à la pompe, contrairement à un "blocage" strict, tandis que la situation des Outre-mer relève d'une régulation administrative permanente.