En Corée du Sud, l'ombre de l'intelligence artificielle redéfinit visiblement les aspirations académiques des lycéens. Alors que les universités les plus réputées commencent à analyser les premières candidatures pour l'année universitaire 2027 en ce mois de septembre 2026, une tendance claire et quelque peu inattendue se dessine : un intérêt marqué pour les études de philosophie, contrastant avec un recul notable des filières de langues étrangères.
Ce changement est particulièrement frappant dans les départements de philosophie. À l'Université Nationale de Séoul, le ratio de candidats par place disponible a bondi de 10 en 2020 à 15 cette année, témoignant d'une demande accrue. De même, à la Korea University, la philosophie se positionne désormais comme la troisième discipline la plus convoitée en sciences sociales, surpassant même les études d'économie en termes d'intensité de candidatures. Les étudiants semblent percevoir cette discipline comme un rempart face aux compétences grandissantes de l'IA.
Les experts de la Jongro Academy, qui agrègent ces statistiques, interprètent cet engouement comme une réaction stratégique aux progrès technologiques. Selon eux, les jeunes craignent que l'IA ne les surpasse rapidement dans les domaines exigeant des connaissances factuelles ou des compétences techniques de base. Ils s'orientent donc vers des filières où l'intellect humain conserve un avantage distinct. La philosophie, en cultivant la pensée critique, la réflexion éthique et la capacité à élaborer des logiques complexes, est perçue comme une discipline difficilement reproductible par les machines. Certains élèves expliquent également que s'inscrire en philosophie leur offre des points supplémentaires dans divers concours, notamment pour accéder à la fonction publique, ajoutant une dimension stratégique à ce choix jugé rassurant en cette période de bouleversements technologiques.
Parallèlement, la montée en puissance de l'intelligence artificielle projette une ombre sur les départements de langues étrangères. Une diminution des orientations vers ces filières est observée, un phénomène qui se manifeste également en Chine. Cette tendance découle d'une conviction répandue parmi les étudiants que l'IA rendra progressivement obsolètes les métiers de la traduction et de l'interprétation, rendant ainsi les carrières dans ces secteurs de plus en plus incertaines.
Ces préférences en mutation dessinent un tableau clair de la manière dont la prochaine génération envisage son avenir professionnel dans un monde façonné par l'IA. Les étudiants recalibrent activement leurs parcours académiques, privilégiant les disciplines qui développent des capacités cognitives intrinsèquement humaines tout en évitant celles qu'ils estiment vulnérables à l'automatisation. Cette transformation souligne une prise de conscience croissante de la nécessité d'adapter l'éducation aux réalités d'un paysage technologique en constante évolution.