L'ÉCHO DU MATIN
Géopolitique

Israël : à un mois des législatives, le documentaire "Naza" pris dans une tempête politique

Israël : à un mois des législatives, le documentaire "Naza" pris dans une tempête politique

Un documentaire primé, "Naza", a déclenché une intense polémique politique en Israël, à l'approche des élections législatives prévues dans un mois. Le film, qui met en lumière des accusations graves contre l'armée israélienne, a provoqué une onde de choc, incitant le Premier ministre Benjamin Netanyahu à envisager des mesures drastiques contre ceux qui "diffament" les forces armées.

"Naza", récemment honoré du prix spécial du jury à la Mostra de Venise, s'appuie sur les témoignages anonymes de vingt-quatre soldats et membres des services de renseignement israéliens. Ces sources allèguent que l'armée israélienne aurait intentionnellement causé la mort de civils lors de frappes à Gaza, en ciblant le mouvement Hamas. Le titre du film fait référence à l'acronyme militaire désignant les "dommages collatéraux" estimés avant chaque opération. La projection du documentaire et son succès international ont exacerbé un sentiment nationaliste déjà fort, particulièrement au sein de la droite et de l'extrême droite.

En réaction, Benjamin Netanyahu a annoncé son intention de proposer un projet de loi visant à déchoir de leur citoyenneté les individus accusés de porter atteinte à l'image des soldats de Tsahal. Dans une vidéo diffusée sur X, le Premier ministre a affirmé que ces personnes n'avaient "pas leur place parmi nous", signalant la gravité de la situation pour le gouvernement en place. Cette prise de position intervient alors que la guerre à Gaza, déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023, constitue un enjeu central de la campagne électorale du 27 octobre.

La controverse ne se limite pas aux déclarations politiques. Les réalisateurs de "Naza", Rachel Szor et Yuval Abraham, ainsi que leurs proches, sont la cible de menaces et d'intimidations. À Savyon, dans le centre du pays, des dizaines de manifestants, menés par un influenceur d'extrême droite proche du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, se sont rassemblés devant le domicile des parents de Rachel Szor, scandant des slogans hostiles. Parallèlement, à Ashdod, une ville portuaire, un artiste de rue a représenté les visages des réalisateurs sur un mur, barrés du mot "TRAÎTRES", illustrant la colère d'une partie de l'opinion publique.

L'armée israélienne a, pour sa part, fermement réfuté les allégations du documentaire. Elle affirme mettre tout en œuvre pour éviter les pertes civiles et critique le film pour son recours à des sources anonymes dont l'implication dans les opérations gazaouies ne peut être vérifiée. La quasi-totalité de la classe politique israélienne a également condamné le documentaire, y compris des figures de l'opposition comme Gadi Eisenkot, principal rival de Netanyahu, qui a dénoncé "une atteinte à l'État d'Israël en un moment difficile". La diffusion de "Naza" a ainsi transformé la période pré-électorale en un débat houleux sur la loyauté nationale et la conduite militaire.

Source originale : france24.com

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