L'ÉCHO DU MATIN
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"De la virilité en Amérique" d'Amy Green, aux origines du masculinisme américain.

"De la virilité en Amérique" d'Amy Green, aux origines du masculinisme américain.

À moins d'un mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, le paysage politique américain révèle une adhésion persistante à certaines figures, malgré des sondages peu favorables aux Républicains. C'est dans ce contexte que la politologue franco-américaine Amy Green publie son ouvrage "De la virilité en Amérique", une exploration des racines du masculinisme politique qui séduit une partie de l'électorat, notamment autour de personnalités comme Donald Trump.

Dans son étude, Amy Green s'interroge sur la raison pour laquelle une forme de virilité ostentatoire et parfois agressive parvient à captiver massivement les hommes américains. Elle reconnaît l'impact de mouvements comme #MeToo et de la deuxième vague féministe, qui ont significativement transformé les dynamiques entre hommes et femmes, offrant notamment aux femmes un accès accru à l'éducation, au monde du travail et, par conséquent, à une plus grande indépendance financière. Cependant, Green souligne que, malgré ces évolutions, la prédominance économique et institutionnelle des hommes demeure écrasante aux États-Unis. Si les hommes se sentent menacés, c'est, selon son analyse, parce que le modèle de masculinité qu'on leur a inculqué est aujourd'hui remis en question.

Ce modèle, forgé au fil de 250 ans d'histoire culturelle américaine, est une mosaïque d'archétypes successifs : du pionnier au cow-boy, de l'industriel conquérant au père de famille idéalisé des années 1950, jusqu'au héros d'action des années 1980. Ces figures partagent un socle commun, comme l'explique Amy Green : l'homme américain se doit d'être autonome et de ne jamais exprimer ses émotions. Ces deux piliers sont cruciaux pour comprendre la montée du masculinisme. Dans un monde en mutation rapide, certains hommes peinent à trouver leur place sur le marché du travail, ne se reconnaissent plus comme le pilier d'un foyer traditionnel et ne vivent plus le même sentiment de triomphe. La honte qui en résulte, un sentiment qu'ils ne sont pas censés éprouver, peut alors se muer en une colère souvent virulente, qui trouve un écho particulier sur les réseaux sociaux.

Ces plateformes numériques sont devenues le refuge de certains des masculinistes les plus radicaux, mais aussi un espace de sociabilité pour de nombreux hommes confrontés à la disparition des lieux de rassemblement traditionnels. Amy Green évoque à cet égard l'affaiblissement des syndicats, des institutions religieuses, des clubs sportifs ou des associations d'anciens combattants, contribuant à un isolement masculin de plus en plus avéré, comme le confirment diverses études.

Pourtant, des lueurs d'espoir apparaissent sous la forme de contre-modèles. Des initiatives visant à créer des espaces de dialogue pour adolescents voient le jour dans certaines écoles, avec des résultats encourageants : les jeunes hommes impliqués y réussissent mieux leurs études et sont moins enclins à la violence. Le principal défi réside cependant dans le financement de ces programmes, qui peinent à obtenir des ressources, tandis que le masculinisme politique bénéficie, lui, du soutien financier de certains des hommes les plus fortunés des États-Unis, soulignant la disparité des moyens dans cette lutte culturelle.

Source originale : franceinfo.fr

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