La scène politique marocaine a franchi une étape décisive ce lundi 12 octobre avec l'officialisation de la nouvelle majorité gouvernementale. Après deux cycles de consultations intensives, Fatima-Zahra Mansouri, désignée Cheffe du gouvernement, a arrêté la composition de l'alliance qui dirigera le pays. Le Parti authenticité et modernité (PAM), vainqueur des récentes législatives du 23 septembre, s'associera à l'Istiqlal (PI), à l'Union socialiste des forces populaires (USFP) et au Parti du Progrès et du Socialisme (PPS).
Cette coalition rassemble 207 députés sur les 395 que compte la Chambre des représentants, assurant ainsi une majorité absolue, bien que d'une marge relativement étroite de neuf sièges. Le Parti authenticité et modernité se positionne comme la force motrice de cet attelage, en s'associant avec trois formations historiques emblématiques de l'ancienne Koutla démocratique. Cette configuration revêt une portée symbolique forte, marquant un rapprochement entre des partis issus de parcours politiques distincts.
Selon le communiqué conjoint des quatre partis, le choix de cette alliance est guidé par la volonté de bâtir une majorité "politique", cohérente dans ses orientations. L'objectif est clair : doter le pays d'un gouvernement capable de relever les multiples défis, tant sur le plan national qu'international. La nouvelle équipe s'engage à accompagner les grandes orientations royales, notamment en matière de construction démocratique, de bonne gouvernance, de promotion de la justice sociale, d'équité territoriale et de renforcement de la capacité productive de l'économie marocaine.
L'accord ouvre désormais la voie à la phase cruciale de composition de l'Exécutif. Les partis de la coalition sont invités à proposer des profils ministériels répondant à des critères rigoureux : compétence avérée, sens politique aigu, intégrité et probité irréprochable. Fatima-Zahra Mansouri, désireuse d'avancer rapidement, a également instruit ses partenaires de travailler sans délai à l'élaboration du programme gouvernemental.
Pour Rachid Lazrak, professeur de sciences politiques et directeur du Centre nord-africain d’études, cette nouvelle majorité représente une étape majeure dans la recomposition du paysage politique marocain. Il souligne que cette alliance dépasse la simple arithmétique parlementaire pour s'ancrer dans un projet politique commun. La convergence du PAM et des composantes de la Koutla démocratique est, selon lui, un signe fort d'une ambition partagée de réforme et de développement équilibré. Cependant, le professeur met en garde sur la marge parlementaire relativement mince. La stabilité de ce gouvernement, explique-t-il, dépendra moins du nombre de partis que de leur capacité à maintenir une discipline collective et à surmonter les divergences potentielles pour traduire leurs engagements en politiques publiques concrètes.
Cette nouvelle ère politique, marquée par la désignation d'une femme à la tête du gouvernement, s'inscrit dans un contexte inédit. La tâche est immense pour cette coalition qui doit désormais transformer cette alliance politique en une action gouvernementale efficace, à la hauteur des attentes des citoyens et des défis du Royaume.
