Le groupe de presse Ebra, propriété du Crédit Mutuel et éditeur de neuf quotidiens régionaux tels que Le Progrès, L'Est Républicain et Le Dauphiné Libéré, s'apprête à supprimer 400 postes de journalistes, une décision vivement dénoncée par le Syndicat national des journalistes (SNJ). Ces suppressions de postes sont prévues au profit de l'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus rédactionnels, une orientation qui suscite de profondes inquiétudes quant à la fiabilité de l'information et la confiance des lecteurs.
Vendredi, sur les ondes de France Inter, Jérôme Morin, représentant élu du SNJ au sein du quotidien Le Progrès, a exprimé la vive préoccupation du syndicat face à ce qu'il qualifie d'« économies court-termistes ». La majeure partie des postes concernés sont ceux de secrétaires de rédaction, des professionnels essentiels en coulisses pour la relecture, la vérification et la mise en forme des articles, garantissant ainsi leur exactitude et leur cohérence avant publication.
Selon Jérôme Morin, le remplacement de ces fonctions cruciales par des systèmes d'intelligence artificielle risque d'engendrer une multiplication des erreurs et des contresens. « Plus on va multiplier les erreurs, les non-sens, plus la crise de défiance qu'on connaît déjà va se renforcer », a-t-il averti, soulignant l'impact potentiellement dévastateur sur la crédibilité de la presse. Le SNJ a également publié une tribune dans Le Monde, accusant le groupe Ebra de « tourner le dos à la mission » fondamentale de ses journaux en se reposant sur l'automatisation des tâches.
Face à une situation économique que Jérôme Morin reconnaît comme difficile, le syndicat déplore que ce plan se traduise par des coupes claires sans pour autant injecter davantage de ressources sur le terrain, là où l'information de proximité est essentielle. Le représentant syndical redoute l'apparition d'« erreurs grossières d'information » et appelle les autres directions de presse à ne pas considérer ce « modèle dangereux » comme un exemple à suivre, insistant sur la nécessité de miser sur une information locale de qualité.
En outre, le syndicaliste met en garde contre une vision trop optimiste de la rentabilité de l'IA. Si cette technologie peut apparaître avantageuse à court terme, il craint que les coûts des intelligences artificielles génératives n'augmentent significativement à l'avenir, une fois qu'elles auront conquis une part de marché substantielle. Cette stratégie du groupe Ebra soulève donc des questions fondamentales sur l'avenir du journalisme, la préservation de la qualité éditoriale et le maintien du lien de confiance avec le public.
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