À Saint-Avold, en Moselle, des figures emblématiques du mouvement des Gilets jaunes de 2018 se préparent à renouer avec la mobilisation. Le rond-point du Cora, un lieu devenu symbolique de la contestation, même si l'enseigne a depuis été remplacée par Carrefour, s'apprête à accueillir de nouveau des manifestants. Huit ans après les premières actions, l'augmentation continue des tarifs de l'énergie et des carburants, conjuguée à la stagnation des salaires, ranime la colère de ceux qui avaient déjà exprimé leur exaspération.
En 2018, ce carrefour avait été le théâtre d'une occupation prolongée, certains militants y étant restés jusqu'à 600 jours. Juan, Nadia et Souad, des piliers de cette période, se remémorent la baraque de chantier aménagée collectivement, où ils partageaient repas et discussions. Ils soulignent la solidarité qui s'était alors manifestée, grâce à d'innombrables dons de citoyens, permettant de financer une grande partie de leurs besoins, y compris la confection de leurs banderoles. Aujourd'hui, Juan ressort précisément l'une de ces anciennes pancartes, sur laquelle on peut lire un message dénonçant l'augmentation des prix de l'énergie et appelant à la démission du président. Ce slogan, estime-t-il, n'a rien perdu de sa pertinence.
La mobilisation attendue ne se limitera pas aux anciens activistes. Au lycée technologique et professionnel de Saint-Avold, plusieurs élèves expriment leur intention de se joindre au mouvement. Ils anticipent une convergence de diverses catégories de manifestants, incluant les lycéens, les ex-Gilets jaunes et même des pompiers, ce qui, selon eux, pourrait entraîner des blocages routiers similaires à ceux de 2018. Peggy, qui travaille dans une boulangerie voisine et fut aux premières loges en 2018, conserve précieusement les vidéos de l'époque. Elle observe avec amertume l'évolution du prix de l'essence, passé de 1,50 € à près de 2,50 €, validant le sentiment général que "rien n'a changé" et que la lutte pour subvenir aux besoins quotidiens demeure une réalité.
À l'approche de nouvelles échéances électorales, l'utilité de descendre dans la rue est un sujet de débat. Pour Nadia, la réponse est affirmative. Elle est convaincue que cette démarche peut éclairer ceux qui sont moins engagés politiquement sur la nécessité d'un changement, estimant que l'actuel chef d'État a eu son temps. Elle insiste sur l'importance de cette action pour démontrer la lassitude du peuple, percevant cette période comme une opportunité. Si la scène politique locale a évolué depuis 2018, avec l'élection d'un député et d'un maire issus du Rassemblement national – qui n'ont pas souhaité s'exprimer – la tentative de certains anciens Gilets jaunes comme Juan, Nadia et Souad de s'engager en politique aux côtés du syndicaliste Christian Porta lors des dernières municipales n'avait recueilli qu'un faible score. Christian Porta observe d'ailleurs une transformation des opinions chez certains de ses anciens camarades, visible notamment sur les réseaux sociaux.
En somme, l'épuisement face à l'inflation et la persistance des revendications de 2018 poussent une partie de la population de Saint-Avold à renouer avec la contestation. Les anciens et nouveaux manifestants entendent faire entendre leur voix pour dénoncer une situation qui, malgré les années, semble ne pas s'améliorer pour les ménages.