L'ÉCHO DU MATIN
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Supermarchés, comptes bancaires, hôpitaux : les cyberattaques deviennent des armes de déstabilisation

Supermarchés, comptes bancaires, hôpitaux : les cyberattaques deviennent des armes de déstabilisation

Une nouvelle forme de confrontation se dessine, frappant directement le quotidien des citoyens. La France en a récemment fait l'amère expérience avec une cyberattaque visant plusieurs supermarchés, provoquant un gaspillage considérable de denrées alimentaires. Cet incident, qui a mené à la destruction de produits frais comme le jambon, les laitages et les jus de fruits, illustre une tendance inquiétante : les infrastructures vitales et les services essentiels sont de plus en plus la cible d'opérations numériques. Ces attaques, qui touchent également les systèmes bancaires ou les hôpitaux, sont désormais perçues comme de véritables outils de déstabilisation, affectant les populations et les États.

Au-delà des rayons de nos commerces, le spectre de ces offensives numériques s'étend à d'autres secteurs cruciaux en Europe. Il y a quelques mois, en février dernier, le réseau ferroviaire allemand, la Deutsche Bahn, a été gravement perturbé. Une cyberattaque massive a paralysé la billetterie et semé le désarroi parmi les usagers, confrontés à une menace "invisible" et "effrayante". Des experts attribuent cette action au groupe de hackers "No Name 07 716", réputé proche des intérêts russes et déjà impliqué dans diverses opérations militaires sur le continent. En France, des entités comme La Poste, France Travail et plusieurs hôpitaux ont également été la cible d'offensives similaires, revendiquées par des collectifs de pirates informatiques soupçonnés d'agir pour le compte de la Russie.

Cette stratégie de ciblage des services essentiels ne se limite pas à l'Europe. Aux États-Unis, durant l'été, des dizaines de réseaux d'approvisionnement en eau dans le Midwest ont été compromis, entraînant la mise hors service d'usines de traitement. En mai, ce sont des stations-service qui avaient été visées. Les enquêteurs américains soupçonnent l'Iran d'être à l'origine de ces actions. Ces opérations relèvent souvent de ce que Benoît Grunemwald, expert en cybersécurité, qualifie d'« opérations psychologiques » ou « psyops ». Leur objectif est clair : placer les populations dans des situations délicates, qu'elles soient très ciblées ou plus larges, afin d'influencer le débat public et de générer un sentiment de désarroi.

L'impact sur la vie quotidienne est au cœur de cette tactique. Comme l'explique Nicolas Arpagian, également expert en cybersécurité, s'attaquer à des stations-service permet de toucher directement "monsieur et madame tout le monde", tout en fournissant des images de files d'attente et de mécontentement qui se propagent rapidement sur les réseaux sociaux. Une telle visibilité est difficilement atteignable en ciblant des équipements industriels isolés. Ces attaques ne visent pas seulement la destruction de systèmes, mais cherchent avant tout à provoquer le chaos, à instiller la peur et à miner la confiance des citoyens dans les infrastructures de leur pays. Face à ces menaces invisibles mais aux conséquences bien réelles, la protection de nos systèmes vitaux devient une priorité absolue, marquant l'entrée dans une ère où la guerre se mène aussi dans le cyberespace, avec des répercussions directes et profondes sur la stabilité des sociétés.

Source originale : franceinfo.fr

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