Une nouvelle production théâtrale à Paris met en lumière un chapitre souvent négligé de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale : l'épopée des Rochambelles. Cette pièce rend un vibrant hommage à la première unité féminine d'ambulancières à opérer directement sur le front, des femmes qui ont su s'imposer avec une détermination farouche et ont été intégrées à la prestigieuse deuxième division blindée du général Leclerc. Leur courage et leur engagement, demeurés trop longtemps dans l'ombre, sont désormais portés à la scène.
Au cœur de cette aventure se trouve Florence Conrad, une riche Américaine qui avait déjà servi comme infirmière durant la Première Guerre mondiale. Sur les planches du Théâtre Michel, sa devise, "Je n'accepte jamais non comme réponse", résonne avec une puissance particulière, incarnant son refus catégorique de la passivité. Dès 1943, malgré les moqueries et le scepticisme ambiant, elle a œuvré sans relâche pour que son groupe, composé de dix-neuf ambulances et de volontaires françaises, soit pleinement intégré aux forces armées. Dans un univers alors exclusivement masculin, elle parvint à ses fins, et ces pionnières, surnommées les Rochambelles en référence au compagnon de Lafayette, héros de l'indépendance américaine, furent officiellement rattachées à l'armée française.
C'est Valérie Demay, l'autrice de la pièce, qui insuffle une nouvelle vie à cette histoire. Son lien personnel avec les Rochambelles est profond : sa grand-mère, Gabriele Demay, surnommée "Crapette", était l'une d'entre elles. Fascinée par le récit de son aïeule et de sa binôme, Jacqueline, dite "Jacquotte", Valérie Demay a été saisie d'un déclic durant le confinement. La redécouverte des mémoires de Jacquotte et d'un butin de guerre — une assiette ornée d'un aigle nazi ramenée du "Nid d'aigle" d'Hitler par sa grand-mère — a rendu cette histoire tangible et a fait émerger la nécessité impérieuse de la partager. Elle s'est alors donné pour mission de préserver ces figures de l'oubli.
Valérie Demay décrit Florence Conrad comme une femme "super inspirante et charismatique", capable de "rendre l'impossible possible". À travers sa pièce, elle souhaite transmettre un message fort : celui de la liberté de prendre sa place, même là où elle est initialement refusée. Pour écrire son œuvre, l'autrice, qui évolue dans le monde de la publicité, s'est immergée pendant des mois dans la documentation historique, rencontrant des spécialistes et étudiant des récits d'époque, dont "Camarades de combat" de Florence Conrad elle-même.
Cette pièce de théâtre offre ainsi au public l'opportunité de redécouvrir le parcours extraordinaire de ces femmes audacieuses. Les Rochambelles ne furent pas seulement des ambulancières ; elles furent des combattantes de l'ombre, des symboles de résilience et de modernité, dont l'engagement a contribué de manière significative à la Libération. Leur histoire, enfin mise en lumière, est un puissant témoignage de courage féminin et d'une volonté inébranlable de participer à l'écriture de l'Histoire.